Lundi, le programme aura été riche au Conseil des ministres, à commencer par la validation des projets de loi sur la création d’une «Autorité nationale indépendante chargée de l’organisation des élections» et du texte amendant «la loi relative au régime électoral». Le cap de l’élection présidentielle semble désormais acté.

Le chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah a tenu à souligner que le Panel, sous la direction de Karim Younès, a abouti à «de fructueux résultats et d’importantes propositions» qui devraient être pris en charge par l’Etat. Ainsi cette Autorité indépendante d’organisation des élections devrait récupérer les missions d’organisation des élections dévolues jusque-là à l’administration. Une mission de mastodonte dont on se demande comment sera-t-elle élaborée en un temps aussi court, le pouvoir voulant des présidentielles avant la fin de l’année. Cette Autorité sera chargée de mener toutes les opérations liées aux élections «depuis la convocation du corps électoral jusqu’à la proclamation provisoire ou définitive des résultats». Elle aura notamment la responsabilité de tenir le fichier électoral et d’organiser toutes les opérations qui y sont liées. Toutes les commissions électorales seront placées sous l’autorité de cette instance indépendante, qui annoncera également les résultats provisoires de l’élection présidentielle en lieu et place de l’administration de l’Intérieur. Cette instance sera dotée à l’évidence de grands moyens. L’Autorité en question sera appelée à intervenir sur tout le territoire national. Elle disposera d’un budget de fonctionnement propre et assurera l’élaboration et l’exécution du budget des élections, comme elle disposera d’une administration autonome. Parmi les principaux amendements contenus dans ce projet de loi organique figure la création du fichier national des électeurs qui sera tenu exclusivement par la nouvelle Autorité indépendante des élections.
Cette instance aura également la charge de la tenue et de la révision périodique des listes électorales, d’établir et de distribuer l’ensemble des documents électoraux, y compris les cartes d’électeurs. «Cette mesure de première importance permettra l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection présidentielle, seule à même de permettre au pays de sortir de l’instabilité politique et institutionnelle et de déjouer les dangers du vide institutionnel», a affirmé Bensalah. Au Conseil des ministres il n’y avait qu’un seul cap, l’élection présidentielle.

Bedoui, départ imminent ?
La question du départ de l’actuel Premier ministre, une désormais vieille exigence du mouvement de contestation populaire, est posée de nouveau. M. Noureddine Bedoui a présenté durant le Conseil des ministres les principaux axes des activités de son cabinet et les plus importantes décisions et mesures prises depuis la nomination de son gouvernement. Un bilan qui a été considéré par les observateurs comme un préambule à son départ particulièrement attendu. Dans une conjoncture politique tendue où la question de l’organisation de l’élection présidentielle se repose avec acuité, le départ de M. Noureddine Bedoui pourrait fortement intervenir comme gage de bonne volonté du pouvoir et comme concession de taille pour le Hirak, qui refuse qu’un éventuel scrutin soit organisé par le même gouvernement de Bouteflika. M. Noureddine Bedoui reste, en effet, la seule personnalité de ce gouvernement qui a résisté parmi les «3 B», dont les manifestants avaient demandé le départ au début de la crise. Le Premier ministre a pu résister en maintenant son activité gouvernementale malgré une pression dantesque sur le terrain. Son départ pourrait bien constituer une dernière carte à jouer pour les tenants d’une élection dans les plus brefs délais. Le nom de son successeur fait également l’objet de grandes supputations, d’autant que ce dernier devrait suivre, même de loin, le processus électoral dans des conditions qui s’annoncent déjà extrêmes.