Reporters : Beaucoup de militants s’attendaient à la libération des détenus entendus jeudi par le juge d’instruction, après la relaxe dont a bénéficié mardi dernier la militante de RAJ Sabrina Malek, mais cela ne s’est pas produit. Pourquoi ?
Yamina Alili : En effet, les quatre détenus ont été entendus dans le fond par le juge d’instruction de la 2e chambre du tribunal de Sidi M’hamed. Ils n’ont pas été libérés pour la simple raison que la décision est d’ordre politique. Ils seront simplement libérés lorsque la volonté politique y sera. Maintenant, le juge d’instruction a, selon le code des procédures, les attributions de faire un renvoi devant la juridiction compétente, prononcer le non-lieu ou bien les libérer provisoirement avec un renvoi devant la juridiction compétente. Les détenus ont nié l’accusation qui leur a été collée, qui est celle d’attenter à l’intégrité et l’unité nationales.
D’ailleurs, la dernière question qui leur a été posée concernait leur amour pour la patrie. Ces derniers ont su répondre aux questions sans qu’on leur donne des instructions ou conseils sur les réponses à communiquer ou qu’on aborde ce dossier spécialement, lors de nos déplacements à la prison, où ils sont incarcérés, car l’accusation en elle-même est infondée.

Quel commentaire avez-vous par rapport au déroulement du procès contre les porteurs de drapeau berbère ?
Pour ceux de jeudi, on s’attendait à ce qu’ils soient libérés, du moins à un non-lieu, malheureusement cela n’a pas eu lieu. Il faut relever un point, c’est que même les détenus ne voulaient pas quitter la prison jeudi avec un non-lieu. Ils souhaitaient être auditionnés pour être acquittés exactement comme cela a été le cas pour Nadir Fettissi, arrêté à Annaba, pour port du drapeau berbère, puis acquitté par le tribunal de la même ville avec restitution des objets saisis. En tant qu’avocat, on a toujours une lueur d’espoir. On laissera la justice algérienne, dont on dit qu’elle est indépendante, accomplir son travail après le transfert du dossier à la barre, et que la même procédure soit généralisée aux détenus arrêtés pour le même grief. Le juge, qui a la prérogative de prononcer un non-lieu ou de faire un renvoi devant la chambre criminelle, nous a clairement dit qu’on arrive à la fin de l’instruction et qu’il fera de son mieux pour en finir avec ce dossier.

Que compte faire à présent le Collectif de défense ?
Il faut noter qu’aucune séance de présentation devant le juge d’instruction n’a été programmée pour les autres détenus porteurs du drapeau berbère. D’ailleurs, on a fait un écrit pour demander leur liberté provisoire, mais qu’on n’a pas déposé. Pourquoi ? Parce qu’on a constaté qu’ils n’ont pas l’intention de les libérer. Ils auraient été libérés avec la force de la loi parce qu’ils n’ont rien commis. Mais, on pourrait revenir sur cette décision et introduire une énième demande de liberté provisoire après concertation entre membres du Collectif de défense au cours de la semaine. La défense est quand même optimiste par rapport à la relaxe des porteurs de drapeau berbère, vu que le port de l’emblème amazigh n’est nullement une infraction et donc passible de poursuites judiciaires.