Dans cet entretien, l’expert en énergie Tewfik Hasni est revenu sur les déclarations rassurantes du P-DG de Sonatrach. Il estime que la vérité doit être dite sur l’avenir de l’industrie des hydrocarbures dans le pays. En clair, il appelle à une transition énergétique urgente pour se libérer définitivement de la dépendance du secteur des hydrocarbures qui ne constitue plus un créneau d’avenir.

Reporters : Le P-DG de Sonatrach Rachid Hachichi a démenti l’impact du Hirak, en cours dans le pays, sur les négociations de Sonatrach avec ses partenaires étrangers, quel commentaire faites-vous ?
Tewfik Hasni : Le P-DG de Sonatrach a raison. La situation politique interne n’a pas d’impact sur les négociations entre la Sonatrach et ses partenaires étrangers, pour la simple raison que les compagnies pétrolières étrangères, notamment américaines, ont une bonne image de l’Algérie. Elles considèrent l’Algérie comme un pays stable. Le Hirak n’a pas eu de répercussions sur l’attractivité du marché algérien. Une assurance confirmée même par l’administration américaine.

Cela signifie-t-il que les négociations en cours avec les partenaires étrangers vont aboutir à des partenariats ?
Les négociations en cours avec les compagnies pétrolières étrangères ont très peu de chances d’aboutir à des partenariats, pour des raisons qui n’ont rien avoir avec la conjoncture politique interne dans le pays. Les négociations ont très peu de chances d’aboutir parce que le secteur des hydrocarbures traverse une zone de turbulences qui va s’inscrire dans la durée. Les compagnies pétrolières étrangères n’ont plus les mêmes marges de manœuvre. Elles rencontrent de plus en plus de difficultés pour mobiliser les financements qu’il faut pour investir. Les hydrocarbures ne sont plus un créneau d’avenir pour les institutions financières. Du coup, les investisseurs ne mettent plus d’argent dans ce secteur. Il faut le dire, notre gaz et notre pétrole n’attirent plus les investisseurs étrangers.

Cette situation va durer combien de temps ?
Tous les indicateurs portent à croire que l’âge d’or des hydrocarbures est derrière nous. Le marché pétrolier ne va pas vivre un nouveau boom. Les mutations que connaît l’économie mondiale ne laissent pas une grande marge pour les hydrocarbures. La demande mondiale en pétrole et en gaz va connaître une baisse sans cesse. L’arrivée en masse des voitures électriques sur le marché va aggraver davantage la situation du secteur des hydrocarbures.

Le P-DG de Sonatrach a également rassuré les Algériens quant à la capacité de l’Algérie à maintenir les capacités actuelles d’exportation du gaz pendant 150 ans, et ce, grâce au gaz de schiste, qu’en dites-vous ?
Il est clair qu’un P-DG d’une compagnie pétrolière ne va pas vous dire que le pétrole c’est fini, mais il doit tout de même dire la vérité aux Algériens. Nous n’avons pas le droit de cacher la vérité. Les réserves nationales en gaz de schiste sont certes importantes, mais inexploitables économiquement. Le coût de revient du million BTU de gaz de schiste algérien est estimé à 12 dollars, alors que son prix aux USA est à 2,3 dollars. Allons-nous exploiter à perte notre gaz de schiste ? C’est la question à laquelle doit répondre le P-DG de la Sonatrach. Nos hydrocarbures non conventionnels ne sont pas rentables. Il faut rappeler sur le sujet que les compagnies américaines, qui exploitent les hydrocarbures non conventionnels, sont en situation financières difficiles.

Que faire alors ?
Les solutions existent. Comme je l’ai souligné à maintes reprises, il faut procéder en urgence à la transition énergétique. Nous avons d’énormes potentiels en énergies renouvelables qui captent des investissements actuellement. Notre avenir énergétique et économique est dans le solaire thermique. Ce créneau peut apporter beaucoup de choses à l’économie nationale. Il faut accélérer le passage vers cette énergie d’avenir qui nous permettra, sans doute, de nous libérer une fois pour toute de notre dépendance des hydrocarbures.