Reporters : Deux interdictions de rassemblement ont été enregistrées ces dernières 24 heures. Cela signifie quoi pour RAJ, engagé pour les libertés démocratiques ?
Abdelouahab Farsaoui : Cela signifie que le pouvoir n’a pas changé. Il est encore en place. Il y a un autre clan du système qui a pris le dessus cette fois. Il n’y a aucun indice d’une volonté de changement politique ou d’une volonté de répondre aux aspirations de la rue. Cela nous rappelle les anciennes pratiques du parti unique. Nous pouvons interpréter cela par une volonté qui vise à casser toutes voix discordantes et opposées au discours officiel du pouvoir réel. Aujourd’hui, ces interdictions ont été dénoncées par tout le monde et ne concernent pas uniquement notre association, RAJ, en l’occurrence.

Y aura-t-il une réaction ou une réflexion face à ces interdictions ?
Nous allons nous réunir en fin d’après-midi (hier NDLR) à la place de Liberté à Béjaïa pour dénoncer ces pratiques antidémocratiques. Il s’agit d’une interdiction arbitraire.
De nombreuses parties comptent venir nous soutenir. Cette question d’interdiction et de restriction a touché plusieurs partis et associations.
Nous devons travailler ensemble, c’est-à-dire partis politiques et société civile pour sauvegarder les libertés démocratiques et pour consacrer le droit de manifester dans l’espace public.
Ces interdits ne constituent-ils pas un mauvais message pour les libertés publiques ?
C’est un mauvais message pour les libertés publiques. C’est un mauvais message de la part du pouvoir actuel envers le peuple qui aspire à la démocratie, à un Etat de droit, et qui revendique l’exercice plein de sa liberté d’expression et de sa citoyenneté. C’est une remise en cause des acquis de la révolution pacifique du 22 février. Je qualifierai même cela de «schizophrénie politique» chez les responsables et les tenants du pouvoir en Algérie. D’un côté, ils se déclarent avec le peuple, de l’autre, ils le répriment. Ils emprisonnent les Algériens pour avoir porté le drapeau amazigh dans des manifestations publiques et populaires. Aujourd’hui, les institutions de l’Etat et ceux qui proclament gouverner le pays doivent se soumettre à la volonté et à la souveraineté du peuple algérien.

La question des détenus d’opinion reste pendante. Quelle lecture faites-vous à ce propos ?
La question des détenus d’opinion est un point noir pour les responsables en exercice. La place de ces jeunes n’est pas en prison. Ce sont des Algériens et ils ont le droit d’exprimer leur opinion en toute liberté, et ils l’expriment pacifiquement. Leur place est dans la rue, dans la société et au sein de leurs familles. Ce qui est en train de se passer est scandaleux. Nous demandons la libération immédiate et inconditionnelle de ces détenus. Nous savons tous que l’incarcération de ces jeunes est une carte qu’utilise le système pour faire chanter le peuple algérien.