Au lendemain du limogeage du directeur générale de l’Onda (Office national des droits d’auteurs et des droits voisins), Sami Bencheikh El Hocine, «pour manquement aux obligations assignées», des cadres de l’Onda ont décidé de sortir de leur silence en apportant leur version des faits suite au drame qui a coûté la vie à cinq jeunes Algériens et causé des dizaines de blessés, jeudi dernier, à l’occasion du concert de Soolking.

Joint, hier, par téléphone, l’un des représentants des cadres de l’Onda se confie : «Tout d’abord, nous tenons à présenter nos condoléances aux familles avec lesquelles nous partageons la douleur de la perte de leurs enfants qui étaient venus partager des moments de joie. On est vraiment effarés par cette tragédie, mais je tiens à préciser au nom de tous les cadres de l’Onda que nous avons accompli notre mission dans l’organisation de cet événement en respectant toutes les procédures. A notre niveau, nous n’avons pas failli à ce qui était du domaine de nos compétences.»
Notre interlocuteur déplore également la campagne de dénigrement menée contre l’Onda en insistant sur le fait que plusieurs réunions ont été tenues avec les responsables des collectivités locales et les chefs de Sûreté des daïras pour assurer le bon déroulement du méga-concert événement de Soolking. Afin d’étayer ses propos, il souligne : « Nous avons tous les comptes-rendus de ces réunions, par ordre chronologique, ainsi que les copies de tous les courriers envoyés aux responsables des collectivités locales et de la DGSN (direction générale de la sûreté de la wilaya), depuis la première réunion de préparation, jusqu’à la veille de ce méga-concert »

Répartition et séparation des tâches
Le cadre de l’ONDA explique ainsi que selon la procédure pour l’organisation de ce genre d’événement, il y a eu une répartition et une séparation des tâches selon les compétences de chacun. Ainsi, l’Office national des droits d’auteurs était responsable de la sécurité du concert intra-muros, c’est à dire à l’intérieur du stade et à ce niveau notre interlocuteur affirme que « nous n’avons enregistré aucun incident majeur à l’intérieur du stade, bien au contraire, le concert s’est déroulé dans un esprit de communion entre le public et les artistes présents sur scène» ajoutant que «le véritable problème était la gestion de la rue, là où s’est produit le drame, alors que notre plus grande crainte pour ce concert était plutôt un mouvement de panique à l’intérieur du stade». Notre interlocuteur précise que «pour assurer la sécurité au sein de l’enceinte du stade, nous avons fait appel à une entreprise de sécurité privée dont les agents de sécurité ont de l’expérience dans la gestion des foules de ce genre de manifestation culturelle, notamment lors des festivals de musique».

LA DGSN était responsable de la sécurité extra-muros
Dans la logique de la répartition et de la séparation des tâches, le représentant des cadres de l’ONDA nous confirme que concernant la sécurité extra-muros, du fait que «c’est la voie publique, le champ de compétence est automatiquement celui des forces de l’ordre. La répartition des tâches avait été délimitée lors de la réunion avec les responsables de la DGSN dans le cadre de l’organisation de ce concert. Et nous avons les PV de réunions pour prouver cela.»
A propos de la gestion de la rue et donc de la sécurité extra-muros, le service d’ordre devait dès lors s’adapter à la configuration du terrain et au profil de la foule à gérer. Il nous précise à ce sujet que «la veille du concert, nous avons fait un exercice de simulation au niveau du stade du 20 Août, en partenariat avec les services de la Sûreté nationale afin d’anticiper tous les scénarios possibles, malheureusement cela n’a pas épargné la vie de ces cinq jeunes qui auraient pu être nos propres enfants».
Notre interlocuteur explique dans ce contexte que la feuille de route et les consignes prises à la veille du concert n’ont pas été appliquées sur le terrain. Il ajoute que certaines consignes préconisées lors des réunions avec les responsables des Sûretés de daïras n’ont pas été appliquées. Affirmant que Sami El Hocine Bencheikh, en présence de cadres de l’Onda, a demandé à ce que la circulation et le stationnement des voiture soient suspendus au niveau des principales portes du stade pour éviter l’entassement de la foule à l’entrée du stade» ajoutant que «nous avons été surpris de constater que cela n’avait pas été appliqué et qu’en plus, il y avait des fourgons de police stationnés tout au long du mur, ce qui rendait l’accès au stade encore plus difficile en créant un goulot d’étranglement». Il déplore aussi que selon «de nombreux témoignages rapportés, plusieurs personnes munies de tickets, dont des familles avec des enfants, des jeunes filles, ont été bastonnées.
Mon sentiment est qu’en termes de gestion de foule, certains éléments de la force publique ont géré la foule comme celle d’un match de football et non pas comme des familles venues voir un concert de musique.»

«Nous n’avons pas été informés qu’ils y avaient des morts »
Le représentant de l’Onda est également revenu sur les deux points qui avaient déchainé les commentaires les plus violents sur les réseaux sociaux, en l’occurrence le fait que les responsables de l’ONDA aient pris la décision de poursuivre le concert malgré qu’il y eu des morts à moins d’une heure avant le concert et sur le silence-radio des responsables de l’Office après cette tragédie. Ce dernier répliquera qu’en tant que cadre de l’Onda présent au concert avec plusieurs membres du staff d’organisation, «certes, on a eu connaissance qu’il y avait eu une bousculade à l’entrée du stade, mais je vous assure que nous n’avons pas été informés qu’il y avait eu des morts. Cette information nous est parvenue bien après le concert ». «Je vais même peut-être vous surprendre, nous avons appris la nouvelle par les réseaux sociaux et certains médias avant d’avoir une confirmation officielle. »
Concernant le deuxième point, il affirme également que l’ex-directeur de l’Onda avait reçu des consignes pour ne pas communiquer sur le sujet en soulignant qu’«il voulait communiquer sur ce qui s’est pas passé, mais on l’a empêché de s’exprimer». A la question de savoir qui est ce «on», il dira : « Je ne peux rien vous dire sur le sujet, car cela concerne M. Bencheikh, à vous de lui demander.»
Au final, le représentant des cadres de l’Onda estime qu’«en attendant qu’un intérimaire soit nommé, nous assurons l’opinion publique que nous allons déployer tous nos efforts pour aider les personnes chargées de mener l’enquête sur cette affaire en mettant à leur disposition tous les documents nécessaires afin de faire la lumière sur les responsabilités de chacun dans cette tragédie. »
Au moment où nous mettons sous presse, un communiqué de la présidence annonce que le chef de l’Etat a mis fin aux fonctions du premier responsable de la Dgsn, une information qui pourrait corroborer l’implication de la DGSN dans l’échelle des responsabilités dans ce drame qui a endeuillé des familles sorties se divertir au concert de Soolking où la communion et la fraternité étaient au rendez-vous.