Bouclant son sixième mois d’existence, le mouvement de contestation populaire n’est pas près de connaître de répit ni de déclin.

A Tizi Ouzou, la légère baisse de participation observée, lors des marches du mois de juillet dernier et de la première moitié du mois d’août est en passe de s’estomper, laissant place à un rebond progressif de la mobilisation, à mesure que s’approche la fin des vacances estivales. Ce qui laisse présager d’un reflux plus important des marcheurs, à l’occasion de la prochaine rentrée sociale, vers la rue qui ne marque aucun recul quant à ses exigences de changement et de rupture radicale avec le système, comme le laisse comprendre ceux qui ont crié « le peuple veut l’indépendance ». Un slogan scandé par des milliers de voix qui clament leur désir d’en finir avec les pratiques politiques du passé. Proximité de la célébration de la journée historique du 20 Août 1956, date de la tenue du congrès de la Soummam, certains ont réitéré l’exigence de la primauté du civil sur le militaire. Le dialogue prôné par l’instance dirigée par Karim Younès, dont le nom a été évoqué en des termes peu avantageux. Les élections ont été sur toutes les lèvres. Elles ont été rejetées avec véhémence : «Pas d’élections avec la bande», criaient, en arabe et en kabyle, les manifestants dont certains promettaient la radicalisation de la contestation, à l’occasion de la prochaine rentrée sociale. A Oum El Bouaghi, comme à l’accoutumé, les fidèles du mouvement populaire n’ont pas raté leur rendez-vous habituel vendredi. Même le climat était clément après les fortes chutes de pluie enregistrées ces dernières quarante-huit heures dans la région. De ce fait, le nombre des manifestants a augmenté ce 27e vendredi, contrairement aux précédent.
Les marcheurs ont pris le départ à partir de l’esplanade Yennayer en entonnant des slogans hostiles au système et ses relais tels «Madania, machi askaria», «makanch hiouar maa el issabat», «Djomhoria mahich mamlaka». Le cortège de manifestants a sillonné l’esplanade Yennayer, le carrefour de l’entrée ouest, l’avenue du 1er-Novembre, l’esplanade Zabana au rythme des slogans hostiles au système et la volonté farouche de concrétiser les objectifs des revendications pour lesquelles les citoyens manifestent chaque vendredi et les étudiants chaque mardi. D’autre part, les citoyens de Aïn Beïda, la plus grande agglomération de la wilaya d’Oum El Bouaghi, n’etait pas en reste ce vendredi en criant des slogans divers et en exhibant des banderoles significatives réclamant le départ de tout le système qui a conduit le pays à la faillite. Aussi «Titoma», la femme courage, n’a pas raté le rendez-vous avec ses trucs faisant allusion au départ de tout le système ,et la nécessité du changement radical.

PAS DE DIALOGUE
A El Tarf, les habitants de la wilaya étaient en ce 27e vendredi au rendez-vous pour une marche pacifique, où il a été dénoncé la «mascarade» du panel conduit par Karim Younès. Lors de la marche, amorcée à partir de la mosquée du chef-lieu, les manifestants ont scandé et brandi les principales revendications du Hirak, depuis le 22 février dernier. Ils ont aussi clamé le rejet des deux autres «B» et de Gaïd Salah, chef d’état-major, incapable de répondre à l’aspiration du peuple à la souveraineté, et réclamé le départ du pouvoir en place jusqu’au dernier symbole de l’ex-régime. En ce 27e vendredi, les manifestants, venus de plusieurs régions, sont plus que jamais déterminés à poursuivre la revendication pour le changement du système. Les manifestants, bien que leur nombre a tendance à diminuer, ont tenu à garder le même rythme. La chaleur suffocante n’a pas démobilisé les Tarfinois pour clamer haut et fort leur ras-le-bol d’un régime qui, durant des décennies, a dilapidé les richesses du pays et enfanté une oligarchie qui a fait main basse sur les ressources du peuple. «Maaza Lou kan Tarat, mène le pays contre le mur», «six mois sont passés», «Qui sont les traîtres / Tous les responsables de l’ancien régime sont en prison », sont quelques-uns des slogans de la marche. La population d’El Tarf a marché également pour soutenir l’opération anti-corruption menée par la justice et les services de sécurité.
Drapés de l’emblème national et déployant de larges banderoles, les manifestants ont lancé des slogans hostiles à l’adresse du pouvoir: « Nous poursuivrons notre mouvement et lutterons jusqu’au bout pour un Etat civil et de droit et la poursuite de la chasse aux corrompus et aux corrupteurs. Tous ceux qui ont pris un sou doivent être jugés. Le peuple ne pardonne à personne et a confiance en la justice libre ….», tels sont les slogans déployés par les marcheurs qui ont réitéré la demande de libération de Bourougaâ et de tous ceux qui sont emprisonnés pour avoir porté l’étendard amazigh ou pour leur opinion. Les marcheurs se sont dispersés sans incident, suivis de loin par un service d’ordre très discret.