Il était tout puissant ministre de la Justice entre 2013 et 2019, on lui prêtait même des ambitions de président de la République, il est désormais pensionnaire de la prison d’El Harrach où il se trouve en détention préventive comme l’a décidé, jeudi dernier, le Conseiller instructeur près la Cour suprême.

Selon le procureur général de ladite Cour, il a été indiqué que «dans le cadre de l’enquête ouverte au niveau de la Cour suprême, il a été procédé ce jour, 22 août 2019, par monsieur
le Conseiller instructeur à l’audition de l’ex-ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Tayeb Louh, poursuivi pour abus de fonction, entrave à la justice, incitation à la partialité et incitation à faux en écriture officielle». De lourdes charges, donc, qui risquent de lui coûter une peine d’emprisonnement conséquente et un basculement comme il ne l’a sans doute jamais imaginé, pas plus que les observateurs qui suivent la scène politique du pays depuis le «22 février».
En effet, c’est un symbole fort que de voir, pour la première fois dans les annales de la justice algérienne, un ministre du secteur placé sous mandat de dépôt et rejoindre deux ex-Premiers ministres, MM. Ouyahia et Sellal, ainsi que des ministres ayant servi sous l’ancien chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika. Tayeb Louh en prison, c’est la chute d’un ambitieux qui, après avoir fait sa carrière dans la magistrature, passé ministre du Travail entre 2002 et 2013, a occupé le plus haut poste de responsabilité au sein de la justice. C’est, symboliquement en attendant son jugement définitif, une condamnation d’une gestion marquée par «l’abus de fonction, entrave au bon fonctionnement de la justice, incitation à la falsification de procès-verbaux et incitation à la partialité»..
Un chapelet d’accusation qui font pour le moment de l’ex-garde des Sceaux un faussaire et coupable de délits passibles de peines plus conséquentes que celles que risquent ses ex-collègues des ex-gouvernements, dont il a fait partie jusqu’au dernier, avant la démission de M. Bouteflika. Tayeb Louh avait déjà fait l’objet, en juillet dernier, d’une interdiction de quitter le territoire national. L’Office central de répression de la corruption (OCRC) avait alors été chargé d’ouvrir une enquête préliminaire à son encontre, pour des faits à caractère pénal relatifs à la corruption. Il termine de manière chaotique un parcours qui a fait de lui une des figures importantes, du moins médiatiquement, de l’ère Bouteflika qu’il a rejoint en 1999 après avoir été magistrat et président du Syndicat national des magistrats.
Au-delà des spécificités des charges retenues pour l’instant contre lui, l’image qu’il donne de son parcours est d’avoir été l’homme qui a verrouillé les dossiers de corruption qui sont ouverts aujourd’hui et d’avoir tout fait pour marginaliser des magistrats en charge de dossiers sensibles, l’actuel garde des Sceaux en tête. Belkacem Zeghmati, alors procureur d’Alger, a, en effet, été remercié pour avoir cherché à comprendre les tenants et les aboutissants des «affaires Sonatrach» et la responsabilité de l’ancien ministre de l’Energie Chakib Khelil dans ces scandales.