Un ex-ministre de la Justice en prison. Le fait est exceptionnellement inédit pour ne pas s’y arrêter. Il y a six mois, le ministre en question était l’un des hommes forts du pouvoir. Il aurait été même prédestiné pour un destin autrement plus prestigieux. A la tête d’un secteur sensible, il n’aurait probablement jamais imaginé un jour subir une telle infortune. La carrière de Tayeb Louh se termine, comme pour d’autres figures du pouvoir, par la case prison d’El Harrach. Un effet de l’intrusion massive des Algériens sur la scène publique depuis le 22 février. L’Algérie passe irrémédiablement par une période pas comme les autres. Une grande partie des ministres du système Bouteflika est contrainte aujourd’hui, de façon continue, à rendre compte. Cet extraordinaire retournement de situation sera indéniablement retenu par l’histoire du pays. Et, espérons-le, servira d’exemple aux futurs récipiendaires aux hauts postes de responsabilité. Il reste aujourd’hui visible que le secteur de la justice semble celui qui fait l’effort de la rupture. L’actuel garde des Sceaux semble irrémédiablement engagé dans une voie qui ne saurait être que salutaire. Pour peu que les directives soient véritablement suivies d’effet et que, surtout, les pratiques détestables d’avant soient définitivement banies. Il est évident que l’un des principes fondateurs d’un système démocratique est une justice indépendante.
Quand la justice dysfonctionne, non seulement la démocratie est mise à mal, mais la société devient plus violente. Une justice impartiale et indépendante n’est certes pas suffisante pour construire un Etat de droit, mais elle y contribue grandement. Pour le commun des Algériens, la justice a été et est toujours entre les mains des puissants. Il s’agit aujourd’hui de changer cette idée ancrée par des décennies de système corrompu et arbitraire. Si la justice en Algérie arrive à opérer sa mue et à faire œuvre d’exemplarité pour les autres secteurs, ça sera déjà largement bénéfique. De quoi aider à la résolution de la crise politique.