Après plus de dix jours d’attente, un accord européen de répartition va permettre le débarquement des 356 personnes secourues à bord de l’Ocean Viking, au grand soulagement de SOS Méditerranée et MSF qui commençaient à manquer de vivres.

Par Anne CHAON
«Tous les migrants à bord» du bateau humanitaire des deux ONG vont être transférés sur des bateaux militaires maltais, hors des eaux territoriales de ce pays, et amenés ensuite à terre, a indiqué dans un tweet le Premier ministre maltais Joseph Muscat. Ils seront répartis entre «la France, l’Allemagne, l’Irlande, le Luxembourg, le Portugal et la Roumanie», a précisé M. Muscat sur son compte Twitter, notant que «personne ne restera à Malte». Depuis Paris, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, a annoncé que la France accueillera 150 des 356 migrants, soulignant que «la France maintient sa solidarité», trois jours après avoir décidé de recueillir 40 migrants du navire espagnol Open Arms. «C’est une bonne nouvelle!», a salué le coordinateur des opérations de sauvetages de l’Ocean Viking, Nicholas Romaniuk, a rapporté une journaliste de l’AFP se trouvant à bord depuis le début de la mission. «Nous attendons maintenant une communication officielle des autorités maltaises», a-t-il ajouté. La nouvelle n’a pas été immédiatement annoncée aux intéressés, MSF préférant terminer d’abord une distribution de nourriture.
«Responsabilité collective»
Juste avant, MSF avait fait savoir à la journaliste de l’AFP qu’il ne leur restait que «quatre jours de stocks de nourriture en comptant vendredi». L’Ocean Viking, un navire de 69 mètres battant pavillon norvégien, économisait aussi le carburant, se laissant dériver en journée dans le Canal de Sicile. Le bateau, parti le 4 août de Marseille et dont c’est la première mission pour SOS Méditerranée, s’était vu refuser, au dernier moment, par Malte de se ravitailler à l’aller en eau et carburant. M. Romaniuk a souligné que l’opération de transfert ne devrait poser «aucun problème», expliquant que cela avait déjà été «fait la dernière fois» avec l’Aquarius, le précédent navire de SOS Méditerranée, en septembre 2018. «La météo est bonne, Malte dispose de vedettes rapides de patrouille mais aussi de plus gros bateaux», a-t-il noté. Le commissaire européen aux migrations Dimitris Avramopoulos a remercié Malte pour avoir fait preuve «de solidarité concrète» en permettant le débarquement des migrants et s’est félicité de l’accord trouvé entre les Etats européens «dans un esprit de responsabilité collective». Cela fait deux semaines que certaines des 356 personnes secourues par l’Ocean Viking se trouvent à bord. Parmi elles, on compte quatre femmes et cinq enfants de un à six ans, ainsi qu’une centaine de mineurs de moins de 18 ans, dont 80% voyagent seuls, parfois âgés de 13 ou 15 ans.
Un autre navire
a pris la mer
La plupart de ces personnes, dont les deux tiers viennent du Soudan, ont fui la Libye pour échapper à un large éventail de mauvais traitements, de détentions arbitraires et parfois de tortures et sont arrivées en mauvaise santé, souvent à la limite de la malnutrition, selon l’équipe médicale. L’Ocean Viking était le dernier navire humanitaire encore présent en Méditerranée pour secourir des migrants, jusqu’à jeudi, quand le MareJonio, opéré par le collectif italien de gauche Mediterranea, a pris la mer en direction de la Libye, selon un tweet de l’ONG. Vendredi, il se trouvait près de Lampedusa, île sicilienne située à mi-chemin entre l’Italie et la Tunisie. Le MareJonio, qui avait été mis sous séquestre en mai puis libéré en août, en vertu de la législation anti-migrants du ministre de l’Intérieur de la Ligue (extrême-droite) Matteo Salvini, se dirige vers la zone de secours, devant les côtes libyennes. Le gouvernement de M. Salvini et du Mouvement
5 Etoiles est tombé mardi avec la démission du Premier ministre Giuseppe Conte et ne fait qu’expédier les affaires courantes, le temps pour le président Sergio Mattarella de former éventuellement un nouvel Exécutif. Des négociations sont en cours entre le M5S et la principale force de gauche, le Parti démocrate (PD) qui, parmi les conditions pour un accord, réclame la révocation des mesures sécuritaires (interdiction de débarquement et amendes contre les navires humanitaires déposant des migrants en Italie) adoptés sous Salvini. (source afp)