Les partis de la défunte alliance présidentielle (FLN-RND-TAJ-MPA) qui traversent une passe difficile, imposée par le mouvement de contestation contre le système et ses représentants politiques, ne pouvaient s’attendre à un tel coup de pouce que celui que vient de leur apporter le président du Front El Moustakbal. Abdelaziz Belaïd aura ainsi surpris plus d’un en défendant, auprès du panel de médiation et de dialogue national mené par Karim Younès, le principe d’associer tout le monde dans le processus de dialogue y compris les partis de l’allégeance. Une surprise, dans la mesure où la plaidoirie de Abdelaziz Belaïd va à contresens de ce que soutient l’ensemble de la classe politique, qui a approuvé l’idée d’exclure les partis du pouvoir dans le processus de dialogue, une exclusion entérinée par ailleurs par l’instance de dialogue.
Cette dernière, qui ne manque pas de contradicteurs depuis son installation officielle par le chef de l’Etat, ne pouvait se permettre de prendre langue, dans sa quête d’une solution à la crise politique et institutionnelle que traverse le pays, avec des entités politiques désignées par l’ensemble des Algériens comme sources du mal du pays notamment durant le règne d’Abdelaziz Bouteflika.
Circonstances aggravantes, ces mêmes partis étaient en ordre de bataille pour défendre le projet d’un cinquième mandat et mener campagne pour l’ancien président, avant que le mouvement populaire du 22 février ne vienne remettre tout en cause et inscrire le pays sur une trajectoire que personne ne voyait venir. Aujourd’hui, ces partis sont voués aux gémonies non seulement par les manifestants, qui réclament leur « extinction», mais par des acteurs politiques, à l’image de l’avocat Mokrane Aït Larbi, et qui revendique leur « dissolution » par décret ou par décision de justice.
Pour Aït Larbi, « les partis de l’allégeance véhiculent, aujourd’hui, la contre-révolution et menacent même l’avenir de la démocratie en entravant les revendications de la révolution pacifique ». Pour lui, il y a «nécessité» de les dissoudre – par décret ou par décision de justice – et de récupérer leurs biens qui sont des biens de l’Etat, afin de mettre tous les partis sur un même pied d’égalité, donner un sens à la compétition partisane et permettre, enfin, au peuple de choisir ses représentants en toute souveraineté, loin de la fraude et de l’argent sale.
Mais le chef du Front El Moustakbal n’est pas de cet avis, exprimant au panel de Karim Younès, qu’il a reçu avant-hier, son refus de l’exclusion des partis du pouvoir. Pour l’ancien candidat à la présidentielle du 18 avril annulée, et prétendant au scrutin du 4 juillet qui n’a pu avoir lieu, « ces partis comptent des militants sur l’ensemble du territoire national contrairement à d’autres formations politiques qui n’ont d’existence qu’à travers certaines tribunes médiatiques». Dès l’entame de sa mission, le panel de dialogue a approuvé l’idée de ne pas associer les partis de l’alliance dans le cycle de concertations. « Le panel accorde une attention aux avis et positions des autres partis et associations. Ces derniers ayant clairement affiché leur refus de s’asseoir autour de la table de dialogue avec l’ex-alliance », avait expliqué M. Younès.
«En tant qu’instance de médiation et de dialogue, nous nous conformons à l’avis de la majorité et ne pouvons imposer qui que ce soit. Les militants des partis de l’ex-alliance sont les bienvenus au dialogue, ils font partie du Hirak, mais pas leurs dirigeants», avait précisé l’ex-président de l’APN.n