Reporters : Les membres de l’instance de dialogue et de médiation entameront des visites dans différentes wilayas en vue d’organiser des rencontres avec les composantes de la société civile et les acteurs du Hirak populaire. Quelle signification et quelle lecture faites-vous de cette démarche ?
Mustapha Bourzama : Au départ, on a reproché au panel de Karim Younès d’aller coûte que coûte vers son seul objectif, à savoir l’organisation de l’élection présidentielle, qui est dans tous les cas inéluctable. Mais, ce que l’on constate actuellement est que ladite instance tente de rétablir les symboles de l’ancien régime rejeté. L’instance que préside Karim Younès comprend une armada d’anciens ministres et d’autres qui ont révisé à maintes reprises la Constitution pour en faire un costume sur mesure pour l’ancien président déchu sous la pression du mouvement populaire. Ces figures ne servent pas le dialogue et la médiation, bien au contraire elles le desservent et le décrédibilisent auprès du peuple. A la base, c’est une instance ouverte au dialogue, mais avec une composante qui ne connaît rien ou qui n’est pas initiée à la communication avec autrui. Elle n’ira pas loin dans la mission qui lui a été confiée. Son premier responsable doute même du patriotisme de ceux qui rejettent le dialogue avec lui, et il considère que ceux qui critiquent son initiative «cherchent à embraser le pays». Accepter la critique est essentiel pour l’instance de médiation et de dialogue. Le panel doit adresser des invitations aux personnes qui ne partagent pas avec lui les mêmes positions et ne pas écarter celles qui le critiquent. Dialoguer qu’avec les personnes qui partagent les mêmes positions n’est pas judicieux. Cette démarche ne peut être interprétée que comme une tentative de sauver le système et de renouveler sa façade.

Quelles chances de succès pour l’instance dirigée par Karim Younès?
Certes, le dialogue est le seul moyen pour une sortie de crise. On fait face à une situation délicate sur les plans économique, social et politique. Et la rentrée sociale, qui est dans quelques jours, promet d’être chaude et difficile pour les pouvoirs publics. Une situation qui nécessite l’implication d’une vraie élite et des compétences prêtes à servir le pays. Le panel dirigé par Karim Younès sert des agendas cachés.

Un groupe d’étudiants a fait irruption et perturbé la séance d’installation du « comité de sages » du panel de médiation. Comment qualifiez-vous cette action ?
Ces étudiants n’ont fait que surévaluer le panel. Leur rejet de cette instance est exprimé chaque mardi, rendez-vous hebdomadaire de la marche estudiantine. Ce qui ne nécessitait pas qu’ils se déplacent au siège du panel pour lui transmettre le message. Karim Younès a, pour sa part, saisi l’occasion et fait preuve d’intelligence politique en donnant la parole aux étudiants. L’avènement d’une deuxième République demande des efforts de longue haleine. Celui qui fera preuve de patience triomphera à la fin.