L’adhésion de certains partis politiques et de certaines associations et organisations de la société civile au dialogue, auquel appelle le pouvoir et qui doit se réaliser à travers l’Instance de médiation et de dialogue, peut constituer un soutien dans cette démarche de vouloir trouver une solution à la crise post-22 février 2019. Une solution qui passe par l’organisation d’une élection présidentielle, soutient-on.

Cependant, une autre partie de la classe politique et de la société civile ne voit en cette volonté d’organiser le scrutin présidentiel qu’une façon déguisée de régénérer le système décrié. Un système que l’ensemble des Algériens ne veut plus voir tenir les rênes du pays. C’est dire que le panel de dialogue ne draine toujours pas les foules qu’il aurait souhaité voir adhérer à son initiative tant que, lors des marches des vendredis et mardis, les Algériens sont présents en masse pour réitérer leurs revendications appelant à un avenir meilleur.
Karim Younès et les autres membres du panel qu’il coordonne gardent espoir quant à la réussite de leur mission et ne lâchent pas prise. Cela d’autant que l’Instance nationale de médiation et de dialogue a connu de multiples soubresauts à ses débuts. En effet, l’Instance, qui aura bientôt un mois d’existence, n’a, en réalité, commencé son travail de dialogue qu’une quinzaine de jours plus tard, en raison des départs inattendus de deux de ses membres, alors qu’elle n’en comptait que six. Ces défections, dont la première avait eu lieu cinq jours à peine après sa création, ont mis à jour la fragilité du panel en ce moment-là.
Mais pas seulement. Car il faut noter qu’à cela s’ajoute le fait que l’annonce de la mise en place du panel par le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, a provoqué un tollé général et une levée de boucliers contre l’Instance et ses membres. Le rejet des préalables à même de garantir un climat de confiance pour le dialogue par le chef d’état-major avait été de nature à démobiliser le panel qui s’est ressaisit ensuite.
Depuis, le groupe s’est renforcé avec d’autres membres et s’est tracé un programme qu’il compte suivre résolument, selon les déclarations de son chef de file, Karim Younès. Mais en face, les opposants au dialogue ne cessent de clamer leur refus du dialogue dans les conditions actuelles et de réitérer leur position à chaque fois, pour ne pas dire tous les jours, que l’occasion s’y prête. Le panel a fait du chemin depuis le jeudi 8 août où il avait reçu, pour la première fois, un groupe de jeunes qui se sont présentés comme étant des jeunes hirakistes, ainsi qu’un autre groupe composé d’étudiants, certains en leur propre nom et d’autres au nom de l’organisation estudiantine Ugel. Des jeunes qui avaient souligné, notamment, que le dialogue ne pouvait se poursuivre dans les conditions actuelles où, entre autres, de jeunes gens de leur âge se retrouvent en prison pour avoir brandi une banderole amazighe et au moment où un moudjahid de l’envergure de Lakhdar Bouregraâ est, lui aussi, incarcéré pour avoir exprimé ses opinions. Ce sont, d’ailleurs, les mêmes mesures d’apaisement qui sont réclamées aussi bien par la société civile que les partis politiques, en passant par les personnalités nationales et autres. Parmi ces mesures, on notera, outre la libération des détenus d’opinion, «le départ du premier ministre, Noureddine Bedoui, et de son gouvernement et son remplacement par un gouvernement de technocrates».
Même le panel que coordonne l’ancien président de l’APN, Karim Younès, avait fait savoir au chef de l’Etat intérimaire, le jour même de son installation, qu’il accepterait de mener la mission de médiation et de dialogue pour une sortie de crise à condition qu’il y ait des mesures d’apaisement, en signe de bonne foi du pouvoir. Des mesures qui sont toujours en attente de concrétisation et à propos desquelles Karim Younès ne cesse de répéter qu’il continuera de réclamer leur application au chef de l’Etat intérimaire, étant donné que c’est lui qui s’était engagé à les concrétiser.
Mais cette situation de promesses toujours en attente d’être tenues met le panel dans une posture des plus inconfortables, surtout que, pour l’heure, il n’y a, ne serait-ce, qu’un début d’application de ces mesures d’apaisement.