Depuis maintenant six mois, l’Algérie est secouée par une crise politique inédite, la démission de Bouteflika ayant laissé place à une situation d’instabilité institutionnelle manifeste. Les Algériens sortent chaque vendredi exprimer leur rejet du système, le départ de ses symboles et le changement. En face, le pouvoir insiste sur la nécessité de revenir au dialogue dans le but impératif d’une élection présidentielle.

Tout a commencé lorsque, le 22 février, les Algériens, outrés par les perspectives d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, perspective qui se mettait visiblement en place, sont sortis en masse dans les rues d’Alger et dans les grandes villes du pays scandant le refus de cette éventualité. Le 2 avril, sous la pression populaire, Abdelaziz Bouteflika démissionne dans des conditions de tension extrême. L’institution militaire s’est retrouvée soudain au-devant de la scène, face à une crise politique aiguë. L’espoir de voir une autre personnalité que Bensalah à la tête du Sénat, auquel échoit le rôle d’intérimaire selon la Constitution, a vite laissé place à la dure réalité. Bensalah convoquera le corps électoral, annonçant le 4 juillet comme date de la présidentielle. Avant de se rendre à l’évidence de l’inanité de l’option dans les conditions actuelles. En parallèle, les interventions hebdomadaires du premier responsable de l’Armée, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, sont devenues depuis de véritables rendez-vous politiques que les Algériens suivent avec grand intérêt, attendant des décisions majeures engagent l’avenir du pays. Malgré l’intransigeance du pouvoir, le Hirak populaire ne faiblit pas, les manifestations du vendredi suivies, le mardi, par celles des étudiants, se poursuivent inlassablement faisant chaque fois échos aux évolutions de la crise. Le pouvoir, qui semble avoir misé sur un essoufflement du mouvement, maintient le cap de l’organisation de la présidentielle, le plus vite possible. Un répit saisonnier du mouvement populaire a probablement encouragé l’idée de l’affaiblissement du Hirak, qui semble aujourd’hui reprendre du poil de la bête. Abdelkader Bensalah qui, dès son intronisation, avait annoncé une conférence que la majorité des partis et des personnalités politiques ont boycottée, est maintenu dans son poste de chef d’Etat par intérim.

Justice en branle et difficile dialogue
La mise sous mandat de dépôt par la justice militaire de personnalités lourdes constituera à l’évidence une évolution majeure de la crise. Ces affaires de justice, dans le cadre d’une grande opération « mains propres » visant des figures de « l’ancien système », se poursuivent toujours mettant en cause des personnalités politiques puissantes du système Bouteflika. En pleine crise politique, toujours sans issue, l’Algérie se retrouve avec pas moins d’une dizaine d’ex-ministres mis en détention à la prison d’El-Harrach. Les deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, les ex-ministres Amara Benyounes, Amar Ghoul, Ould Abbès, Saïd Barkat, Yousef Yousfi, Abdelghani Zaalane et Mohamed El-Ghazi. D’autres ministres sont sous contrôle judiciaire, à l’image de Karim Djoudi, Amar Tou, Mohamed Benmeradi et Tayeb Louh. Ce bouleversement de la chronique judiciaire constitue probablement l’évolution la plus marquante en six mois de crise politique.
Fin juillet, l’ancien président de l’APN Karim Younès est désigné à la tête d’une instance de dialogue et de médiation, il est chargé d’entamer et d’engager un processus de dialogue dans l’objectif de trouver une solution à la crise. Cette initiative appelée Panel aura du mal à convaincre, d’autant plus que les préalables présentés par cette dernière comme quasiment acquis ne seront pas concédés. Karim Younès et son équipe, loin d’être découragés, continuent dans leur action en ouvrant le dialogue à tous, exception faite aux « promoteurs du cinquième mandat ». Cette initiative, soutenue par le pouvoir, est aujourd’hui la seule action politique visible dans un environnement comme frappé d’immobilisme. Une initiative à laquelle certains n’accordent pas beaucoup de chance de réussite tant elle n’arrive pas à faire adhérer le maximum. Le mouvement populaire et certaines personnalités politiques la rejettent toujours la considérant comme «une tentative de diviser le Hirak». Aujourd’hui, six mois depuis le début du mouvement populaire, la situation demeure toujours sans issue. A la veille de la rentrée sociale et après six mois de crise politique, l’Algérie est toujours à la recherche d’un répit.n