Des pans entiers de l’histoire de la guerre de libération nationale, depuis la proclamation du 1er Novembre, ont longtemps été l’apanage des pouvoirs successifs de l’Algérie indépendante. Depuis, le 22 février dernier, les Algériens se réapproprient leur histoire et leurs héros. La date du 20 Août, celle de 1956, reste fortement chargée de symboles en ces moments particuliers de l’histoire de l’Algérie post-Bouteflika. Celle du Hirak populaire et révolutionnaire.

La célébration du 20 Août par les Forces de l’alternative démocratique sur les lieux mêmes de la tenue du Congrès de la Soummam, tenu du 13 au 20 août 1956, n’est pas le fruit du hasard. 63 ans après sa tenue, ce congrès reste un tournant décisif dans le cours de l’histoire de la révolution algérienne, mais aussi une approche marquante, à la fois pragmatique et doctrinale du mode d’organisation de la révolution et par extension de la gouvernance à venir et du modèle sociétal de l’Algérie à venir.
Le Congrès de la Soummam s’inscrit en droite ligne de l’esprit de la proclamation du 1er Novembre 54, même si d’aucuns tentent d’en minimiser la portée politique et historique, encombrant le leg né des tractations et tergiversations de la délégation extérieure installée au Caire et du clan d’Oujda qui finiront en définitive par confisquer et l’indépendance et l’histoire. La célébration de cet événement historique cette année à Ifri est une intiative du FFS, «entérinée par les membres des FAD», selon Moulay Driss Chentouf du PLD (Parti pour la laïcité et la démocratie). «Nous avons toujours commémoré la date anniversaire du 20 Août 56, dira-t-il, mais cette année, fait exceptionnel, elle intervient dans le contexte de l’après 22 février, de la révolution populaire en marche et de la tentation en cours du pouvoir de se regénérer, en proposant exclusivement sa seule vision de sortie de crise, par l’organisation de la présidentielle selon son propre canevas. Notre présence à Ifri, ce 20 Août, aux côtés des autres partis signataires du pacte de l’alternative démocratique, s’inscrit aussi dans l’optique de la tenue de la convention de l’alternative démocratique à la fin du mois d’août, ce grand rassemblement de démocrates qui n’a pas eu lieu depuis plus de 30 ans et qui augure et jette les bases d’une réelle transition démocratique.» Prévue intialement le 31 août, elle risque selon Moulay Driss Chentouf, de se tenir le 28, faute de disponibilité de salle pour le 31. Mais là aussi, plane le risque d’une non-autorisation par la wilaya de la tenue de cet événement, auquel cas, retour sur la date du 31 au siège d’un des partis de l’Alternative.
De son côté, Mahmoud Rechidi du PST (Parti socialiste des travailleurs) explique que «d’abord nous y allons par engagement dans le cadre de l’Alternative démocratique, ensuite il y a évidemment une symbolique forte liée à ce lieu. C’est un meeting populaire qui prendra ses quartiers dans un espace chargé d’histoire et d’enseignements. Aujourd’hui, le ‘’madaniya machi askaria’’, état civil et non militaire, le congrès de la Soummam l’a ébauché il y a 63 ans avec son historique ‘’primauté du civil sur le militaire’’».

Ifri-Ouzellaguen en soutien aux détenus d’opinion
La commémoration du 20 Août 56, ne portera pas seulement sur les questions en rapport avec l’histoire, mais également avec l’actualité brûlante des détenus d’opinion. Aouicha Bekhti, avocate et militante, membre du Réseau pour la lutte contre la répression, sera présente à Ifri-Ouzellaguen au nom du réseau, pour porter la voix des détenus du Hirak porteurs de drapeaux amazigh. «Pour moi, le congrès de la Soummam reste l’acte fondateur de l’Etat algérien moderne social et démocratique et, de ce fait, notre présence en ce haut-lieu de l’histoire s’inscrit dans l’ordre des choses. Nous défendrons l’honneur et l’innoncence des détenus d’opinion, d’autant plus qu’Ouzellaguen compte deux jeunes prisonniers d’opinion. Il s’agit de Tahar Oudihat et de Yazid Kasmi.» Pour rappel, le premier croupit en prison, sous mandat de dépôt pour port de drapeau amazigh, alors qu’en réalité, il portait l’emblème national en cape et une casquette à l’éffigie de la… JSK. Quant au second, il est en prison, parce qu’on aurait trouvé dans son téléphone des fichiers numériques, des photos en l’occurrence, portant atteinte à l’emblème national… Sur le chapitre des droits de l’Homme et des libertés démocratiques et d’opinion, Ifri-Ouzellaguen sera le rendez-vous des défenseurs des causes justes et des libertés avec la présence, entre autres, du collectif des avocats à l’initiative du barreau de Tizi Ouzou qui ne manquera pas de soulever la question de l’emprisonnement arbitraire d’une des figures emblématiques de la révolution, Si Lakhdar Bouregaâ. Le comité de soutien éponyme sera présent en force à Ifri-Ouzellaguen. Son cas restera, et pour longtemps, une tache noire, dans l’histoire de la justice sous le gouvernement Bedoui et la présidence de Bensalah. Tout comme celui des porteurs de drapeaux. 20 Août 1956 – 20 août 2019. Soixante-trois années séparent deux visions de l’Algérie nées d’une même optique. Du même moule. Celui des authentiques patriotes révolutionnaires qui célèbrent, aujourd’hui, des retrouvailles à l’encens du Hirak, loin des exaltations bornées et des exhalaisons cornées.