Pour son énième sortie en un temps très court, le ministre de la Justice et garde des Sceaux n’a pas usé de demi-mots pour faire de l’indépendance de la justice son leitmotiv et son credo.

A l’occasion de sa sortie dans la capitale de l’Ouest, où Belkacem Zeghmati a procédé à l’installation successive du procureur général et du président de la Cour de justice d’Oran, il a rappelé aux acteurs du secteur que l’indépendance du juge «n’est pas un privilège, mais plutôt une responsabilité».
Dans le détail, l’ancien procureur général de la Cour d’Alger dira que «l’indépendance de la justice n’est pas un privilège offert au juge, mais une responsabilité qui lui est imposée, exigeant de lui de rendre justice aux citoyens dans leurs droits et libertés, en toute conscience». Pour le successeur de Slimane Brahmi, «cette indépendance l’oblige à juger en toute neutralité, se basant sur la loi et les preuves qui lui sont présentées, sans influence extérieure».
N’hésitant pas à évoquer les slogans entendus hebdomadairement dans les rues, à l’occasion des marches populaires pour le changement, il a indiqué que «si le peuple a crié de ses tréfonds la nécessité de lutter contre la corruption et de faire face à l’économie de la rente et de la tyrannie, il a revendiqué, en revanche, la dignité, l’égalité des chances et le respect des droits de l’Homme et de la justice sociale». «L’appel à la justice est, à mon sens, le slogan dans lequel fusionnent toutes les revendications et les remplace toutes dans leur diversité et pluralité», a déclaré le ministre de la Justice. Sur sa lancée, il a ajouté que la responsabilité de la justice «est grande», relevant que «la non-violation des devoirs du corps de la justice est la garantie pour une justice neutre qui n’est touchée, à l’ombre d’un système démocratique et un Etat de justice et de droit, par aucune influence réelle ou supposée».
Insistant à ce que la justice accomplisse comme il se doit sa mission, notamment dans la conjoncture politique que traverse le pays, le ministre n’a pas hésité à évoquer une étape de transformation dans le secteur. «Il y a des étapes précises dans la vie des sociétés où la justice se transforme, nécessairement, en relais de tous les espoirs et une boussole dont l’aiguille indique l’exactitude de la direction ou sa déviation», a-t-il dit. Il a souligné, par la même occasion, que «dans notre réalité actuelle il y a une nécessité absolue à l’instauration du pouvoir de la loi et à la multiplication des efforts pour sa consolidation et son implantation dans la pratique et la réalité».
Pour M. Zeghmati, il ne fait point de doute que «le statut de la justice et la charte de déontologie de la profession garantissent l’immunité totale au juge lors de l’exercice de ses fonctions judiciaires et lui garantissent l’indépendance matérielle et morale». Ce qui permet, a soutenu le ministre, au juge de ne dépendre que de sa conscience et de la loi», estimant que «le devoir de l’indépendance du juge des pressions externes ne signifie pas son isolement de la société et son retrait total de la vie publique». M. Zeghmati dira, dans ce sens, qu’il «est naturel que la justice sorte hors de ses remparts et observe le large horizon social, tout en respectant l’éthique et le devoir de réserve, selon les spécificités de la fonction».