Dans leur recherche d’un consensus pour sortir le pays de la crise politico-institutionnelle à travers l’élection présidentielle dans des délais les plus courts possibles, les membres de l’initiative nationale pour le dialogue et la médiation ont reçu, avant-hier jeudi, le soutien du gouvernement.
Cet appui à leur mission a été signalé par le ministre de la Communication et porte-parole de l’exécutif, Hassan Rabehi, lors d’une cérémonie à laquelle il a convié, au lendemain des fêtes de l’Aïd-El Adha, les patrons du secteur public de l’information et de la communication, en l’occurrence les directeurs de l’APS, de la Télévision, de la Radio, du Centre international de presse et du Centre national de documentation, de presse d’image et d’information. Il a été plutôt exprimé à travers des phrases que M. Rabehi a dites pour indiquer que le règlement de la crise que connaît l’Algérie passe par « l’organisation d’une élection présidentielle à travers un dialogue inclusif et constructif ». Selon les propos rapportés par l’APS, le ministre a également affirmé que les Algériens sont en faveur de la tenue d’un scrutin pour mettre fin à la crise et qu’ils sont « convaincus » que « le règlement des problèmes du pays passe par l’élection (…) » à travers « un dialogue sincère et démocratique ».
Mais pourquoi considérer les déclarations du porte-parole du gouvernement comme un soutien aux membres de l’Initiative ou du «panel» comme désigné par les médias ? Il est vrai, en effet, que le gouvernement en place a toujours défendu la solution dite «constitutionnelle» et qu’il continue à le faire avec, depuis le début, disons, l’assistance stratégique de l’Armée et de son chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah. Il est vrai aussi que son seul mot d’ordre – ou sa seule « feuille de route » – depuis la démission de l’ancien chef de l’Etat, M. Bouteflika, est d’appliquer le fameux article 102 de la Constitution contre vents et marées. De ce fait, il est donc naturel que son porte-voix officiel rappelle en toutes circonstances et occasions – y compris celle de la fête de l’Aïd-el Adha, cette vérité.

Assistance au « panel »
La nouveauté, cependant, est dans le fait que l’Exécutif compte aujourd’hui dans son plan d’action – bien expliqué et défendu avec un talent certain par le secrétaire général de la présidence de la République, Noureddine Ayadi, dans son entretien du 24 juillet dernier -un acteur ou un joker, appelons-le comme on veut : le « panel » ! En direction duquel il s’agit d’adresser des signaux d’encouragement et de renfort ; ce que vient de faire justement le ministre porte-parole Hassan Rabehi. Avec, on le devine aisément, des consignes pour que les médias publics – dont il a invité les chefs avant-hier jeudi -, redoublent d’efforts et d’inventivité pour mieux « vendre » la solution de l’élection présidentielle, pour laquelle ce « panel » travaille malgré tout. En particulier, en ce moment, où son chef de file Karim Younès s’apprête, dans sa quête laborieuse de crédibilité, à installer dès aujourd’hui son « comité des sages », nouvelle étape d’un parcours qui, on le sait déjà, devrait aboutir à une conférence nationale avant d’arriver à l’échéance du scrutin, que le pouvoir voudrait le plus consensuel possible et avec le meilleur suffrage possible.
Autrement, ce serait l’échec recommencé et la crainte d’une fausse sortie de crise. Afin de prévenir un tel scénario, M. Rabehi n’a pas manqué de parler du « devoir accompli » par l’Etat pour répondre, « jour et nuit et à travers toutes ses institutions », aux « revendications de tous les secteurs ».
Dès lors, il ne serait pas étonnant d’assister, dans les jours et les semaines qui viennent, à un forcing médiatique accru des médias lourds publics (et privés) en faveur de l’action menée par Karim Younès et de celle qu’exécute le gouvernement Bedoui, dont le remplacement revendiqué par la contestation populaire – le Hirak – n’est pas à l’ordre du jour, mais dont l’exclusion peut engendrer de nouvelles et sérieuses difficultés à une équipe exécutive sur la défensive.
Avant Hassan Rabehi, le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, le 8 août dernier, s’est montré plus directif à l’égard des « différents médias nationaux » auxquels il a demandé de « ne pas succomber aux tromperies des ennemis de la nation» et «de contribuer de manière constructive, efficace et positive dans ce noble processus national décisif pour la vie de la nation et de ne pas céder aux desseins douteux».