Adapté du roman «Obabakoak» de Bernardo Ataxaga, «Obaba» est un long-métrage dramatique espagnol (2005) réalisé par Montxo Armendariz. Une de ses particularités est qu’il a été tourné dans une des langues officielles espagnoles : l’euskarien, communément appelé basque.

«Obaba» a été projeté jeudi dernier à la salle des actes de l’Institut Cervantes d’Alger, dans le cadre du «Cycle de cinéma contemporain en langues co-officielles», qui se veut une fenêtre sur une société en évolution, sur des tranches vies. D’une durée de 1h45 min, le long- métrage revient sur l’histoire d’un lieu oublié, Obaba, un village «imaginaire» peuplé d’habitants figés dans le passé. Un passé troublant. Chacun d’eux enfoui un secret qu’il tente d’oublier. Ce village verra sa quiétude bousculée avec l’arrivée de Lurdès, jeune femme de 25 ans armée d’un caméscope, qui s’en va explorer les territoires d’Obaba. Elle rencontre les habitants (ou ce qu’il en reste) de ce village qu’ils n’ont jamais pensé à quitter. Leur méfiance s’envolera rapidement face au sourire bienveillant de Lurdès et de sa curiosité. Les langues se délient peu à peu. Grâce à une photo de classe, elle essaie de procéder à une sorte de reconstitution. Les langues se déliant, elle explore le passé de tout un village, l’enfance de ces enfants devenus adultes. En tentant de s’imprégner de l’ambiance de la région, la jeune réalisatrice fait d’étranges découvertes. Ainsi, Lurdès déterre des secrets enfouis mais non oubliés : un fratricide, un amour impossible, la solitude d’une institutrice abandonnée par l’amour de sa vie, des bambins et leurs chamailleries… Autant d’histoires qui ont métamorphosé le village et ses habitants. Certains faits ont eu des incidences lourdes sur la vie des villageois. Des mystères qui «demeurent muets et lézardent sur les murs pour échapper à l’œil du visiteur». Les habitants rencontrés livrent au fur et à mesure à la réalisatrice des fragments de leur vie, s’enclenche alors un va-et-vient entre le passé et le présent vécu comme une catharsis par les villageois. Raconter leur vie leur a permis de soulager la conscience collective du village et se rendre compte de la banalité de certains faits. «Obaba» est la chronique d’un monde oublié dans le passé et même dans le présent. Ses histoires sont comme des contes qui nous habitent pulvérisant ainsi les frontières entre la réalité et la fiction.n