Dans le sillage de l’emballement du marché des transferts et de nouveaux horizons à découvrir, le championnat turc figure en bonne place des terrains exploités par les joueurs français et francophones. Si le pays possède de sérieux arguments, le football local regorge pourtant d’expériences très particulières. Ricardo Faty, Thomas Heurtaux et Landry Nguemo en témoignent.

Par Johann Crochet
La mise à l’écart a touché de nombreux français ou joueurs francophones ayant évolué en Turquie. A nos trois témoins peuvent s’ajouter Ali Ahamada (à Kayserispor), Aâtif Chahechouhe (à Fenerbahce), Cheick Diabaté (à Osmanlispor) et bien d’autres. L’idée derrière ce procédé est de faire craquer les joueurs et les voir rompre leur contrat sans leur verser immédiatement des indemnités, le tout devant passer devant la FIFA avec une procédure, comme expliqué au préalable, pouvant prendre jusqu’à trois ans.
Ricardo Faty et Thomas Heurtaux ne s’attendaient pas à être mis à l’écart en janvier dernier. «Au début, tout se passe bien, je suis titulaire, je marque même des buts (3 en 18 titularisations, ndlr), et franchement je réalise mes six meilleurs mois en Turquie», précise le milieu franco-sénégalais. Blessé à un mollet, Thomas Heurtaux rate une bonne partie de la phase aller du championnat turc. Mais en janvier, il met les bouchées doubles pour rattraper ce retard : «Avec Alessio Cerci, on a fait venir à nos frais un préparateur personnel. C’est un des meilleurs d’Italie. Il a vécu un mois avec nous, mais vu qu’on a été écartés, il a arrêté car pour lui ce n’était pas motivant. De toute façon, on n’allait pas jouer.»

«Mettre des joueurs à l’écart fait partie de leur culture»
Titulaire contre Galatasaray à la reprise le 19 janvier, Heurtaux apprend sur les réseaux sociaux deux semaines plus tard qu’il est écarté.
«Début février, je suis à la maison avec mon pote Alessio Cerci et il me dit qu’il n’est pas convoqué pour le match contre Trabzonspor et que ça ne sent pas bon, raconte le défenseur central. Je lui dis ‘Tu vas voir, on ne sera pas dans la liste des joueurs inscrits pour la seconde partie du championnat.» La prophétie se révèle exacte. Les deux joueurs apprennent donc qu’ils ne sont pas qualifiés sur Internet.
Personne au club ne leur annonce cette décision. Entre temps, Ankaragücü a fait signer 11 nouveaux joueurs lors des trois derniers jours du mercato hivernal. Parmi eux, de nombreux joueurs étrangers : deux Argentins, un Polonais, un Grec, un Jamaïcain, un Russe, un Malien, un Congolais, un Croate et un Américain. Or, le règlement du championnat local est clair : les clubs turcs peuvent enregistrer un maximum de 28 footballeurs dont 14 étrangers. Certains joueurs présents en début d’année en font donc les frais. Il y a Ricardo Faty et Thomas Heurtaux, mais aussi Alessio Cerci et le gardien suédois Johannes Hopf, rejoints par quelques Turcs.

Vacances forcées
A Kayserispor, Landry Nguemo a constaté et regretté la même absence de communication avec en plus une partie de poker menteur. «Avant la reprise en juillet 2017, j’avais eu vent que les dirigeants voulaient m’écarter, explique-t-il. Mais je fais les entraînements et ça se passe bien avec le coach. Après deux semaines de préparation, on a deux-trois jours de libre et le directeur sportif en profite pour dire à une dizaine de joueurs, dont moi, de se trouver un nouveau club. Il nous propose même d’être en vacances le temps de trouver un contrat ailleurs. Il nous dit que le coach ne compte plus sur nous». Nguemo n’est pas convaincu par l’argument avancé : «Ça me paraît bizarre. Je vais parler au coach et il me dit qu’il ne comprend pas, qu’il est satisfait mais que dès qu’il est arrivé, les dirigeants lui avaient annoncé que je devais partir. Le président et le directeur sportif ne m’ont jamais expliqué pourquoi j’étais mis à l’écart. Pour eux, cette situation est logique et ils n’ont pas à se justifier. Mettre des joueurs à l’écart fait partie de leur culture.»
Paru sur Eurosport.fr