Le patrimoine forestier est en dégradation continue en Algérie. Ceux qui ont effectué des déplacements à l’occasion de l’Aïd ont dû constater, la mort dans l’âme, l’ampleur du gâchis, certains n’hésitent pas à parler de drame pour l’écosystème. Le mal est bien là et les causes sont diverses.

Outre les méfaits de l’homme, la méconnaissance des ressources forestières constitue un facteur à l’origine de cette érosion. L’inventaire du patrimoine forestier algérien s’avère une nécessité afin d’en assurer une meilleure protection.
Selon le directeur général des forêts, Ali Mahmoudi, les feux de forêt enregistrés cet été en Algérie restent dans les normes, si l’on prend en considération le contexte climatique mondial, marqué par la canicule, expliquant que «l’Algérie a enregistré, au cours des vingt dernières années, une moyenne globale de 32 000 hectares/an de superficies ravagées par les feux de forêts».
L’année 2008 a été, pour rappel, une exception avec seulement 2 300 hectares de forêts détruits. Il estime que l’année 2019 se présente, jusqu’au mois d’août, comme une année «normale» en termes de feux malgré les 9 000 hectares partis en fumée, comparé avec le Portugal, la Chine, l’Espagne ou même les Etats-Unis d’Amérique.
Cependant, l’administration des forêts a besoin de véritables gestionnaires pour l’exploitation et la valorisation de ce patrimoine. Il faut revoir la politique de reboisement. Beaucoup d’efforts ont été déployés pour rattraper le retard accusé dans le reboisement. Un plan qui a abouti au reboisement de 11%, loin de la moyenne requise par les normes mondiales qui fixent le taux de reboisement à 14% par pays. Mais au-delà des constats amers sur le terrain, demeurent deux questions lancinantes, celles sur les raisons de ces départs de feu et les éventuelles failles dans le système de prévention-intervention. Sur un autre plan, le manque d’esprit citoyen et de préservation de l’environnement fait que les forêts sont devenues des dépotoirs géants. Des villageois ou des passants se plaisent, en pleine canicule, à brûler ces décharges sauvages. Le résultat ne se fait pas attendre. Dans les heures qui suivent, tout le massif contigu prend feu.
Où est le rôle de l’APC dans le ramassage des ordures ? Où sont les missions de la direction de l’environnement dans la création de décharges contrôlées et de centres d’enfouissement ? Dans la lutte contre les incendies, la Protection civile et les agents de l’administration des forêts interviennent, mais les moyens dont disposent ces services se révèlent dérisoires dès que l’ampleur des incendies dépasse un certain niveau. Il est vrai que le plan de lutte prévoit des colonnes mobiles, un plan Orsec et autres moyens en renfort, mais lorsque les feux se déclarent partout et en même temps, les chances d’en venir à bout deviennent de plus en plus faibles.

Un mois de juillet d’enfer
En Algérie, les feux de forêts ont détruit, jusqu’au mois d’août 2019, plusieurs types d’arbres, notamment le pin d’Alep et le chêne-liège, deux espèces résilientes du fait de leurs capacités de régénération. 1 246 foyers d’incendie ont été enregistrés depuis le 1er juin 2019, anéantissant 2 363 hectares de forêt (26%), 2 530 hectares de maquis (28%) et 4 111 hectares de broussailles (46%).
Le responsable a tenu à assurer que les arbres et les animaux en voie d’extinction n’ont pas été décimés par les incendies, puisque seulement 11 cèdres de l’Atlas ont été détruits dans les parcs nationaux du Djurdjura et de Theniet El-Had et 5 singes magots ont péri dans le parc national du Djurdjura (wilaya de Bouira).
Selon le dernier bilan, le mois de juillet a connu le plus de pertes, puisque 27 foyers de feu ont dévasté 5 940 hectares de forêts, soit 66% du bilan annuel d’incendies, a fait savoir le responsable. Les wilayas de Tizi Ouzou, Aïn Defla, Tissemssilt et Béjaïa ont été les plus touchées avec 53% d’incendies de forêt recensées entre le 1er juin et le 4 août 2019, soit une superficie totale de 4 769 hectares ravagés, selon M. Mahmoudi. Concernant les techniques utilisées pour venir à bout des feux, le responsable a indiqué que le direction générale des forêts a eu recours aux moyens disponibles, notamment les 48 colonnes mobiles relevant des services de la Protection civile, lesquelles ont permis de limiter les superficies touchées par les feux, a-t-il dit, ajoutant que les techniques aériennes de lutte contre les incendies sont appelées à se développer à l’horizon 2020.<

Partenariat avec la FAO et l’ambassade du Japon sur les techniques de lutte anti-incendies

Le Directeur général des Forêts, M. Mahmoudi, a affirmé que les causes de 85% des feux de forêt restaient inconnues, d’où les projets de partenariat lancés, le 17 juin 2019 à Alger, par la Direction générale des Forêts avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’ambassade du Japon en matière d’enquête sur les causes des incendies de forêt et les techniques de lutte contre ces feux.
La Direction générale des Forêts a également signé des conventions avec les services de la Gendarmerie nationale et des Douanes en matière d’enquête en cas d’incendie volontaire, a-t-il précisé, ajoutant que d’autres conventions devraient suivre avec les services de la Sûreté nationale. Selon M. Mahmoudi, la vigilance des citoyens et des agents de protection des forêts a permis d’éviter des départs de feux. Pour le responsable, les déchets en verre et autres résidus contenant des matières inflammables, laissés par les citoyens dans les forêts et les décharges anarchiques, figurent parmi les principales causes de ces feux, réfutant l’existence d’incendies volontaires dans le but d’obtenir du charbon ou de s’approprier un terrain. « Scientifiquement parlant, le bois brûlé perd son pouvoir calorifique en présence d’oxygène, d’où l’impossible exploitation du charbon à partir des feux de forêt », a expliqué le responsable, soutenant que « des procédures bien réglementées régissent la propriété foncière et il ne suffit pas de brûler une partie d’une forêt pour se l’approprier ». Il a, à cet égard, affirmé que l’Algérie dispose d’unités de production de charbon dont les autorisations sont délivrées par la Direction générale des forêts après un appel d’offres. En 2019, les services des forêts ont enregistré la production de près de 9 000 quintaux de charbon à travers 34 unités industrielles spécialisées dans les wilayas de Mascara, Oum El-Bouaghi, Constantine, Jijel, Aïn Defla, Blida et Chlef.
Une quantité de 402 kg de charbon, produite de façon illicite, a été saisie durant la même année. Par ailleurs, le recensement des pertes a été confié à des commissions ad hoc présidées par les walis et comprenant les directeurs des services agricoles, les directeurs des forêts de wilaya, les présidents de daïra et de commune et les services de la Protection civile. Quant aux indemnisations, M. Mahmoudi a fait savoir qu’il existait des mesures d’assurances des biens agricoles et privés en amont. Le Directeur général des forêts a enfin invité les citoyens à appeler le numéro vert de la DGF (70 10) et celui de la Protection civile (10 21) en cas d’incendie.