Le Palais des Raïs – Bastion 23 – met en avant, jusqu’au 31 août, une exposition intitulée «Mosaïque d’été», un rendez-vous artistique, largement consacré à la miniature et à l’enluminure, mais, également, et dans le cadre approprié du Bastion 23, au mobilier traditionnel mauresque. Cette exposition convie ainsi le grand public et les estivants qui visitent le Bastion 23 à contempler une cinquantaine de pièces signées par vingt artistes – connus ou moins connus – à l’instar de Hachemi Ameur, Cherih Djazia, Menad Ben Halima ou encore Mariam Dweib et Ali Kefsi réunis à cette occasion par  l’artiste Ali Kerbouch, qui a également coordonné les deux précédentes haltes de cette exposition collective.

Le coordinateur de cette exposition, qui présente lui-même trois œuvres d’enluminure, nous précise que l’organisation de l’événement, «dédié à plusieurs styles», permet également de renouer avec l’une des traditions du Bastion 23 dédié à la miniature et l’enluminure. En effet, des expositions telles que «Mosaïque d’été» étaient régulièrement organisées au Bastion 23, mais cela faisait près de quatre ans qu’un rendez-vous de ce type n’avait pas eu lieu». Ali Kerbouch nous souligne aussi que cette escale au Bastion 23, tout au long du mois d’août, marque, par ailleurs, la dernière étape de sa tournée nationale, en précisant que «notre première escale a commencé à Alger au Musée des arts de l’enluminure, de la miniature et de la calligraphie durant le mois de février dernier. Puis, nous l’avons présentée à Tlemcen à l’occasion du mois du patrimoine, qui s’est clôturé au mois d’avril». Il ajoute, à ce propos que «la collection s’est aujourd’hui enrichie de nouvelles pièces réalisées par l’artisan, artiste et décorateur Daoud Mohamed Saddek, qui présente notamment un coffre traditionnel mauresque, ainsi que des portes-manteaux (appelés mistra), porte turban ou encore un miroir». Dans l’une des pièces, les visiteurs peuvent, ainsi, découvrir les nombreux objets, sertis de dessins floraux et signes ancestraux aux couleurs chatoyantes contrastant avec la blancheur immaculée des murs. Daoud Mohamed Saddek ayant débuté sa carrière dès 1954, et qui fut l’un de élèves de Mustapha Ben Debbagh, confie : «Nous continuons le travail et le savoir-faire de ceux qui nous ont précédés.» L’artisan-artiste nous précise que chaque œuvre reprenait les codes du mobilier traditionnel algérois. «Il s’agit de décoration mauresque… je travaille beaucoup sur la sculpture du bois pour la réalisation d’objets traditionnels, à l’image des coffres de mariée, des miroirs, des étagères. Avant, à la Casbah, les murs étaient peints à la chaux et c’est à travers le mobilier aux couleurs vives que les pièces étaient embellies, réunissant l’utile à l’agréable» Il ajoute en ce sens que «les maisons mauresques était uniquement décorés avec ce type d’objets.» Les coffres occupaient une place importante, étant généralement la propriété des femmes qui y conservaient notamment leurs bijoux.

Passion et minutie
Quant aux principaux styles mis en avant, enluminure et miniature, Ali Kerbouch nous explique que le choix s’est porté sur des artistes qui s’inspirent de manière générale des codes traditionnels de leurs arts, mais qui n’hésitent pas à «sortir du cadre» en y mêlant de la peinture ou, au contraire, en usant de techniques pour enrichir d’autres types d’œuvres. Le point commun entre les différentes pièces présentées étant néanmoins le temps et l’application qu’elles nécessitent. Des artistes nous expliquent qu’une seule œuvre de petit format peut nécessiter près d’un mois de travail. D’autres oeuvres ont demandé beaucoup plus de temps, parfois jusqu’à plusieurs mois de travail, selon le support et la technique utilisés. L’artiste Nesrine Meziani, participant à cette exposition avec plusieurs œuvres, entremêlant calligraphie et miniatures, nous affirme à propos de l’une de ces œuvres réalisées sur papyrus, que «le papyrus est un support très délicat et qui demande beaucoup de minutie lorsque l’on travaille dessus.  J’ai mis près d’une année pour réaliser ce tableau, car je devais à chaque fois rectifier les petits détails pour que les contours de la calligraphie et de l’ornementation soient nets».  Elle ajoute que la miniature demande beaucoup de concentration et un vrai travail d’orfèvre, car la beauté de l’œuvre est dans le détail des motifs et l’harmonie des couleurs. «Certes cela demande beaucoup de temps et d’effort pour réaliser une seule œuvre, mais c’est un art qui me passionne et je remercie Ali Kerbouch de m’y avoir initié et aidé à me perfectionner dans cet art qui fait partie de notre patrimoine. On doit le préserver et le transmettre aux nouvelles générations». A propos de la considération et de la valorisation du travail d’artiste en Algérie, elle exprime un sentiment mitigé en soulignant que cela dépend des lieux d’expositions, du public et parfois même des organisateurs. Nesrinne Meziani, souligne toutefois : « Heureusement, il reste encore des connaisseurs dans le domaine. Ils apprécient et valorisent notre travail d’artiste. Personnellement, j’ai été très émue lors de ma participation à certaines expositions marquées par la reconnaissance du grand public et des organisateurs. Cela m’encourage à continuer et à donner le meilleur de moi-même». «Mosaïque d’été», proposant toute une palette d’œuvres dans différents formats et supports, est organisée par ailleurs, comme une exposition-vente. Ce dernier point reste néanmoins problématique pour les artistes. Ali Kerbouch explique à ce sujet que «la vente des œuvres d’art reste difficile, mais il existe néanmoins des acheteurs, certains sont même étrangers».