Les éditions Barzakh rendent un nouvel hommage au grand poète palestinien Mahmoud Darwich, à l’occasion de la commémoration du 11e anniversaire de sa disparition, en publiant deux ouvrages dédiés au poète de l’amour et de la patrie. Après avoir publié, en 2010, « Mahmoud Darwich & Richard Koraïchi : Une nation en exil / Hymnes gravés », suivi de « La Qasida de Beyrouth», édités à l’occasion de la manifestation «Mahmoud Darwich, une vie de poésie », qui s’est tenue à Alger durant le mois d’octobre 2009, les éditions Barzakh rééditent deux recueils tirés de l’œuvre du grand poète palestinien, l’un en français, l’autre en arabe et français, constituant un florilège de poèmes proposé par deux grands poètes-traducteurs, le Palestinien Elias Sanbar et le Marocain Abdellatif Laâbi, parmi «les textes les plus marquants de la poésie arabe contemporaine et dont Darwich est une des figures de proue», rapporte l’APS.

Décédé en 2008 à l’âge de 67 ans, Mahmoud Darwich est considéré comme l’une des voix majeures de la poésie au XXe siècle dans le monde, il laisse une œuvre monumentale traduite dans une vingtaine de langues. «En mêlant l’individuel au collectif, le quotidien à l’éternité, (…) le poète y réussit le pari de toute une vie : opposer la fragilité humaine à la violence du monde et élever la tragédie de son peuple au rang de métaphore universelle», dira Mardam-Bey à propos du legs poétique de Darwich.

«Un amoureux de Palestine»
Le premier volume, une anthologie intitulée « Rien qu’une autre année », titre d’un ses poèmes et qui donne un aperçu de l’itinéraire de Darwich sur près de 20 ans (1966-1982) avec neuf recueils, que Abdellatif Laâbi a choisi de rendre en français. L’anthologie s’ouvre sur les poèmes tirés du recueil «Un amoureux de Palestine », publié en 1966. C’est par ses poèmes chantés, que les lecteurs arabes découvrent «A ma mère», et «Poèmes sur un amour ancien». Avec d’autres textes, ces deux poèmes constituent, s’il en est, l’acte de naissance d’un grand poète qui allait vite confirmer son envergure internationale. Du deuxième recueil de Dawich, « Fin de la nuit, 1967», Laâbi a choisi six poèmes dont l’emblématique «Rita et le fusil », texte à la charge poétique intense où le chagrin, le questionnement, la colère et l’amour se mêlent au sentiment d’échec et d’impuissance. «Les oiseaux meurent en Galilée », 1970, un troisième recueil composé de neuf poèmes marque une évolution dans l’expression poétique de Darwich. Les textes qui le composent trouvent, par la profondeur et la puissance du verbe, une résonance particulière chez le lecteur de Darwich : «Pluie douce et un automne lointain », «Rita, aime-moi», «Chute de la lune», autant de poèmes qui célèbrent l’amour et l’humain, sans cesser de pourfendre l’injustice et la tyrannie. De « Ma bien-aimée se réveille » (1970), Laâbi a choisi de traduire trois poèmes dont «Passeport» -interprété par le chanteur engagé libanais Marcel Khalifa, «Chronique de la douleur palestinienne », sur la débâcle des armées arabes en 1967, ou encore «Ecriture à la lueur d’un fusil », un poème narratif par excellence où Darwich convoque l’histoire et ses héros tragiques. Du recueil « T’aimer ou ne pas t’aimer » (1972), Laâbi propose « Cantiques», «Le guitariste ambulant», «Le passager» et surtout l’incomparable «Sirhan boit le café à la cafétéria», un poème où le personnage de Sirhan se donne une destinée, possible pour chaque Palestinien. D’essai numéro 7 (1975), le traducteur a sélectionné « Comme si je t’aimais», «La sortie du littoral méditerranéen », «Le fleuve est étranger et tu es mon amour» et «Gloire à cette chose qui n’est pas arrivée». Par le choix du titre donné à ce recueil, Mahmoud Darwich à voulu, symboliquement, signifier les changements opérés dans sa précédente expérience et souligner la transition vers une autre expression poétique dont «Noces», un recueil publié en 1977, porte déjà les prémices. Ce recueil dont l’anthologie rassemble sept poèmes parmi lesquels le poème titre, regroupe entre autres « Il était ce qu’il adviendra », «Ainsi parla l’arbre délaissé », et «Le poème de la terre», un des textes les plus aboutis de Darwich. Dans «Ahmad Azzâtr» ou «Tel Azâtar», du nom d’un camp de réfugiés au Liban, rendu tristement célèbre après le massacre de milliers de Palestiniens en 1976- la tragédie est cette fois déclamée en vers par la voix du poète. Pour clore l’anthologie, Abdellatif Laâbi propose en français «Souterrains », « Rien qu’une autre année » et surtout l’éternel « Beyrouth », le long poème écrit en 1981 et gravé à jamais dans la mémoire de milliers d’admirateurs de Darwich pour qui « Beyrouth (reste) notre unique tente, Beyrouth notre unique étoile »

Anthologie bilingue par Elias Sanbar
Dans un deuxième ouvrage réédité concomitamment par Barzakh, Elias Sanbar, traducteur et ami intime de Darwich, propose sept recueils et longs poèmes représentant l’itinéraire du grand poète palestinien entre 1992 et 2005. Cette anthologie bilingue, en arabe et français, a été choisie et présentée par l’homme de culture et éditeur franco-syrien, Farouk Mardam-Bey, comme «une œuvre majeure, un important jalon dans l’histoire de la poésie arabe contemporaine». Cette compilation d’extraits de l’œuvre de Darwich, traduits par les soins de Sanbar, comporte entre autres «Onze astres», «Discours de l’homme rouge», six poèmes tirés du recueil «Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude », outre «Murale », « Etat de siège» ainsi que des poèmes extraits de «Ne t’excuse pas » et «Comme des fleurs d’oranger et plus loin». Dans l’une de ses déclarations aux médias, Sofiane Hadjadj, codirecteur des éditions Barzakh, déclare à propos de l’évolution de l’écriture du poète disparu que «l’œuvre de Darwich s’est imposée au fil des années (…) On n’a peut-être pas bien mesuré à quel point sa poésie avait évolué vers des thématiques plus larges, abordant des questions métaphysiques, l’amour ou la vie quotidienne. Et c’est ce qui a donné à cette œuvre un surcroît d’audience mondiale».