Reporters : Un panel de personnalités a été installé pour mener la médiation et le dialogue. Quelle lecture faites-vous au niveau du MDS de cette mission ?
Fethi Gherras :
Le pouvoir, à travers ses relais, essaie de nous détourner de l’objectif du mouvement révolutionnaire. Le peuple algérien refuse toutes les propositions politiques qui empêchent d’aller vers une rupture avec le système, et le pouvoir fait tout pour se maintenir, lui et son système. Les négociations, qui transforment la compromission en pseudo réforme, sont le lit de la contre-révolution. Cette révolution ne met pas la démocratie, la liberté et la justice sur la table des négociations avec le pouvoir, qui représente leur négation. Le dialogue exige le départ de ce pouvoir et la fin de sa logique répressive.

Le chef d’état-major de l’ANP a rejeté, dans son dernier discours, l’idée des préalables au dialogue tels que posés par le panel, dirigé par Karim Younès. Qu’en pensez-vous ?
Les discours de Gaïd Salah rendent service à notre révolution. Cela montre l’impossibilité de trouver des compromis avec l’autoritarisme. L’autisme du pouvoir est le reflet des intérêts étroits et anti-nationaux, incarnés par « el 3issaba » (la bande).

La revendication portant sur une période de transition, telle que défendue par les « forces de l’alternative démocratique » dont fait partie le MDS, ne semble pas intéresser le pouvoir, qui préfère s’attacher à l’ordre constitutionnel. Comment comptez-vous réagir pour créer un rapport de force favorable à votre thèse ?
Le rapport de force ne sera désormais que le produit de la mobilisation du peuple. Le peuple algérien, avec l’intégration de la question démocratique dans sa culture politique, devenue l’élément structurant de son action politique, va déterminer la nature de son Etat, en le débarrassant des forces parasitaires. Le peuple libère son Etat, impose à son élite l’obligation d’être au niveau de ses revendications démocratiques. Le Hirak est le début d’une nouvelle étape qui sera celle d’un peuple qui prendra son destin en main. Nous, les partis politiques, devrons être des outils de lutte et de progrès. La transition comme passage obligatoire pour amorcer cette nouvelle étape est en elle-même le produit de ce rapport de force. Nous devons continuer à nous mobiliser pacifiquement pour imposer la feuille de route du peuple. C’est la seule et unique voie.

La question des détenus occupe plus que jamais une place importante dans le débat politique. Que pense-t-on au MDS de cette problématique ?
Nous sommes tous en liberté provisoire avec l’arbitraire du système en place. La victoire de cette révolution est la seule voie libératrice. Notre devoir est de libérer les détenus en libérant l’Algérie de l’arbitraire.

Le mouvement populaire est à son 6e mois, quelle évaluation fait le MDS du mouvement et quelles seraient les perspectives politiques à lui donner pour l’aboutissement de ses revendications ?
Ce mouvement révolutionnaire installe l’Algérie dans la voie de la modernité politique et sociale en faisant de la démocratie une affaire qui concerne le peuple. D’une autre manière, la démocratie est devenue une revendication du peuple, qui a réussi par ailleurs à introduire massivement la femme algérienne dans l’espace politique. Pour ces raisons, le Hirak révolutionnaire est en train d’en finir avec le système qui s’est maintenu par la volonté de dépolitiser la société. Actuellement, le combat politique démocratique est réhabilité. Il faut maintenir la pression, diversifier les moyens de luttes pacifiques et organisées. Le pouvoir joue sur le temps, rendant le temps notre allié.

La Justice est à l’épreuve dans le sillage du mouvement populaire, avec une série d’arrestations d’anciens Premiers ministres, ministres, patrons publics et privés. Cela signifie quoi pour le MDS ?
Actuellement, la justice est le produit dérivé des luttes d’appareils. Le MDS traduit le slogan populaire « Yethasbou ga3 » par l’obligation de passer par une justice de transition qui va juger tous les criminels, tueurs, voleurs et tortionnaires depuis 1962.

Vous avez fait état de votre intention de vous porter candidat à l’élection présidentielle qui devait se dérouler le 18 avril dernier. Etes-vous toujours dans cette ambition en cas de scrutin présidentiel ?
Avant le 22 février, ma candidature avait comme slogan : « Il faut réhabiliter le combat politique ». Actuellement, nous sommes en pleine réhabilitation du combat politique par une révolution populaire. Il faut avant tout réaliser les objectifs de cette révolution, après on parlera de l’élection présidentielle.

Le MDS vient de commémorer la 14e année du décès de son ancien premier responsable, Hachemi Cherif, comment évaluez-vous les années passées au sein du MDS depuis sa disparition ?
Le MDS est le produit de l’idée de la rupture. Hachemi Cherif était le père fondateur d’une Ecole qui rompait avec la tradition du soutien critique, héritée des années 1970. Toute la période qui a suivi sa mort, c’était des tentatives successives pour donner de la chair politique et programmatique à cette œuvre politico-idéologique. Feu Hamid Ferhi, lui, était celui qui a réussi cette tâche. Il s’agit maintenant de jeter cette ligne au peuple.