Reporters : Un des nouveaux membres du panel dirigé par Karim Younès, l’avocate Fatima Benbraham, a déclaré à un journal qu’il n’y avait pas de détenus d’opinion en Algérie. Quelle réaction avez-vous face à de tels propos ?
Boudjemaâ Guechir : La déclaration de maître Benbraham a un impact certain sur la crédibilité du panel qu’elle vient de rejoindre. En affirmant qu’il n’existait pas de détenus d’opinion en Algérie, elle a porté un coup mortel à ce panel dont les membres eux-mêmes avaient, le jour de leur nomination, fait de la libération des détenus politiques l’un des préalables pour mener leur mission au profit du dialogue national. Moi, je crois qu’en tant qu’avocate, Me Benbraham n’ignore pas qu’il y a des jeunes qui ont été incarcérés pour avoir brandi l’étendard amazigh lors des marches populaires, et que, par conséquent, ces derniers sont des détenus d’opinion. Elle n’ignore pas non plus que le général à la retraite Benhadid se trouve en prison pour avoir donné son avis sur la crise politique du pays et proposé des solutions pour en sortir. Si M. Benhadid n’est pas un détenu politique, j’aimerai bien savoir où on va devoir classer son affaire.
Même chose pour Ali Ghediri, mais aussi pour Louisa Hanoune qui s’était assise autour de la table avec le conseiller officiel du président de la République alors en exercice pour discuter de la situation du pays. Son acte est politique, même si des parties insistent pour faire valoir d’autres considérations.
Je le redis, la déclaration de Me Benbraham ne repose sur aucune base juridique. En tant que nouveau membre du panel, elle essaye de plaire à certains responsables, et, du coup, elle met à nu toutes les divergences au sein de ce panel qui n’a aucune légitimité chez le mouvement populaire.
Je le redis, la déclaration de Me Benbraham n’a aucune base juridique. Elle essaye, à mon avis, de plaire à certains responsables.

On vient d’annoncer la fin de l’enquête sur les ex-généraux Tartag et Toufik ainsi que sur Saïd Bouteflika et Louisa Hanoune dont vous êtes l’avocat. Quelle va être la procédure maintenant ? Et que risquent ces personnalités au juste ?
Jusqu’au moment où je vous parle, il n’y a eu aucune annonce qui indique que l’enquête a été achevée. L’affaire est toujours chez le juge d’instruction, et ce dernier n’a encore délivré aucune ordonnance qui puisse aborder la procédure à suivre ou encore les chefs d’inculpations définitivement retenus contre ces personnes.

Pour revenir au Panel, et après les incertitudes qui ont plané sur son chef de file qui a décidé de rester après avoir envisagé de démissionner, pensez-vous qu’il est en mesure d’obtenir la libération des personnes qui ont été placées en détention préventive après leur arrestation durant les manifestations du vendredi ?
Non, je ne pense pas que Karim Younès soit en mesure d’obtenir cette libération. La rencontre entre le panel et le chef d’Etat avait, certes, laissé transparaître une lueur d’espoir quant au sort de ces personnes, mais le discours du chef d’Etat-major de l’ANP a vite fait de couper court à l’optimisme, sachant que les revendications du panel ont été carrément rejetées par le pouvoir réel qui, lui, exige un dialogue «sans préalables ni diktat».
Il reste toutefois à savoir si le chef de l’Etat est en mesure de renverser la tendance et d’aller jusqu’au bout de la disponibilité qu’il avait manifestée au profit des mesures d’apaisement et d’accompagnement du dialogue.
Pour revenir à la démarche de Karim Younsi, je crois qu’il s’agit tout simplement d’un subterfuge dont il a usé pour convaincre les parties concernées d’aller dialoguer.

Que pensez-vous des initiatives prises dans le cadre de la création de réseaux de solidarité avec maître Dabouz et, plus généralement, pour la libération des détenus d’opinion ?
Bien sûr, ces réseaux sont très utiles, sachant qu’ils servent à créer un climat de maintien de pression sur les tenants du pouvoir et à leur rappeler que l’opinion publique conteste leurs décisions. Ces initiatives deviennent même plus que nécessaires lorsque, comme c’est le cas en Algérie, nous sommes en l’absence d’une institution civile qui dirige réellement le pays et qu’on a affaire à une institution militaire qui refuse toute démarche politique.