L’avocate Fatma-Zohra Benbraham a déclenché, hier, une polémique qui ne sert pas l’instance de médiation et de dialogue qu’elle vient de rejoindre. Elle a déclaré, dans un journal arabophone, qu’il n’existe pas de détenus d’opinion en Algérie et que les personnes qui ont été arrêtées lors des manifestations par les forces de l’ordre l’ont été pour «vol, harcèlement et atteinte à corps constitué». Ses propos n’ont pas tardé à faire réagir ses confrères chargés de défendre les personnes placées en détention provisoire, notamment pour port de drapeau berbère lors des grandes marches hebdomadaires du vendredi. Les propos de Maître Benbraham sont «inadmissibles» et n’«incitent pas à l’apaisement», a réagi le Collectif des avocats pour le changement et la dignité. «Ils contredisent les déclarations faites par le président de l’instance de médiation et de dialogue (panel ndlr)», a-t-il ajouté, dans un communiqué publié hier, rappelant que Karim Younès, chef de file de l’instance, avait indiqué qu’il ne renoncera pas aux préalables comme la libération des manifestants arrêtés lors des marches populaires pour port de l’emblème amazigh ou l’allègement du dispositif d’ordre et de sécurité lors des grands rassemblements hebdomadaires du vendredi, en cours depuis le 22 février dernier. Le Collectif des avocats pour le changement et la dignité s’interroge si l’avocate Benbraham a tenu de tels propos «diffamatoires» par «ignorance ou en tant que chargée de mission». Si elle est sûre qu’il s’agit de prévenus pour des délits de droit commun «qu’elle se constitue pour vérifier et les défendre», est-il souligné dans le communiqué. Le Collectif estime que l’avocate n’ayant même pas daigné regarder les dossiers de ces prévenus, arrêtés les 21, 28 et 30 juin, «n’a aucun droit de proférer une appréciation aussi calomnieuse et diffamatoire sur leur cas». Mme Benbraham s’est rendue coupable d’«allégations infondées et calomnieuses», a commenté l’avocat Saïd Halit, membre du Collectif. Il dénonce «énergiquement» de «graves accusations» qui trahissent «le mépris et la haine qu’elle a vis-à-vis de la révolution populaire pacifique». Maître Halit a déclaré à Reporters qu’il se porte solidaire avec les détenus d’opinion «face aux dommages moraux» que l’avocate leur fait subir, rappelant que la diffamation qui vise des particuliers, énoncée dans l’article 296 du code pénal, est «passible d’une peine d’emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 25 000 à 100 000 DA», selon l’article 298 du même code.<