Reporters : Dans son dernier discours, le chef d’état-major de l’ANP avait affirmé que l’institution militaire était pour un dialogue national «sans préalables et sans diktat». Il répondait ainsi au panel de dialogue national, qui revendiquait des mesures d’apaisement sans lesquelles il ne pourra pas mener sa mission. Parmi ces mesures, figure la libération des détenus du mouvement populaire. Quel commentaire faites-vous ?
Abderahmane Benferhat : Il faudrait peut-être préciser que le statut de détenu politique est, aujourd’hui, différemment interprété au sein du panel même. Parfois, il existe un amalgame et une confusion autour des affaires de Louisa Hanoune, Lakhdar Bouragâa et celle des détenus qui ont brandi l’étendard amazigh.

Entre la position de l’institution militaire et les exigences du panel pour mener le dialogue, peut-il exister une voie médiane pour débloquer la situation ?
L’institution militaire a ses raisons de remettre en cause certaines conditions du panel, à l’exemple de celle ayant trait au cordon sécuritaire. Elle a aussi ses raisons lorsqu’elle appelle à ne pas brandir un autre emblème que l’emblème national, même si, il faut le signaler, la situation actuelle nécessite une certaine flexibilité. Concernant, la question de savoir comment il serait possible de concilier entre la position du panel et celle exprimée par le chef d’état-major, je pense que la réponse se trouve dans des concessions qui devraient émaner de part et d’autre. Cela devient capital pour l’intérêt du pays.

Les mesures d’apaisement, soumises par le panel au chef de l’Etat, sont également revendiquées par l’ensemble des partis de l’opposition, y compris le vôtre, dont vous êtes le vice-président. Ne pensez-vous pas que le dialogue national sans aucune condition préalable, comme le suggère l’institution militaire, n’a aucune chance d’être mené et que l’impasse politique ne fera que s’accentuer ?
Nous sommes convaincus que les mesures d’apaisement sont plus que nécessaires, mais nous avons aussi la conviction qu’il faut savoir se prémunir contre les manœuvres.

Quelle lecture faites-vous du limogeage de l’ex-ministre de la Justice Slimane Brahmi et de son remplacement par Belkacem Zeghmati ?
Je crois, et ceci n’est qu’un avis personnel, que la venue de Zeghmati à la tête de ce ministère reflète la volonté réelle de concrétiser l’assainissement du secteur de la justice et la lutte contre la corruption. Pour avoir fait tout son parcours professionnel dans ce secteur, et surtout pour avoir été Procureur général près la Cour d’Alger, le nouveau ministre est informé des lourds dossiers de corruption.