Reporters : Quelle lecture faites-vous du processus de dialogue engagé à travers le panel des personnalités reçues jeudi par le chef de l’Etat ?
Redouane Bouhidel : L’initiative de dialogue en elle-même est bonne. Le problème réside dans l’acceptation ou pas de cette offre par la rue, les acteurs de la société civile, les partis politiques… L’acceptation reste ainsi le premier défi pour ce panel. Ensuite, il s’agira de convaincre certains acteurs de participer à ce dialogue lancé par un pouvoir rejeté et illégitime aux yeux d’une majorité.
Les personnalités choisies ont pour mission de faciliter le dialogue et de jouer le rôle de la médiation. Le panel est donc une passerelle entre les acteurs et le pouvoir actuel. Cette passerelle n’est pas politique. Mais, elle est juridique et technique. Parce que ce n’est pas à ses membres de décider à la place de 40 millions d’Algériens. Un autre problème se pose, c’est l’exclusion. Je m’explique : est-ce que les partis politiques de l’Alliance seront contactés ?

Quelle appréciation faites-vous des personnalités choisies ?
Pour ce qui est du choix des personnalités, elles sont issues des quatre coins du pays. Elles sont spécialistes dans différents domaines, mais il me semble que la composition du panel n’est pas complète. Il lui manque, à titre d’exemple, des personnalités islamiques.
En tout état de cause, le pouvoir actuel est allé très vite sans expliquer les missions de ce panel.

Quelles chances de réussite ont ces médiateurs ?
Les chances pour ce panel sont liées à la capacité de ses membres à convaincre le Hirak, en premier lieu. Et puis, tous les autres acteurs. Je tiens à vous rappeler également que les six personnalités ne représentent personne. Elles sont là pour gérer le dialogue. Ce n’est pas à eux de dialoguer ou de décider. Cette initiative de dialogue doit comprendre tous les acteurs de la société, et sans exclusion, à savoir : les politiciens, les étudiants, les journalistes, les hommes de lois, les militants… Elle ne doit pas se contenter d’appeler des personnalités connues comme Ahmed Taleb Ibrahimi ou Ali Benflis à titre d’exemple.
A propos d’acteurs, nous devons cesser d’appeler l’institution militaire à être partie du dialogue.
Dialoguer est une tâche facile. Il suffit d’appeler des personnalités de chaque secteur et de les écouter. Le plus difficile est comment rendre légitime cette proposition de dialogue.
Qu’en est-il du rôle du Hirak ? Pensez-vous que la rue maintiendra encore la pression ?
Le panel a divisé le Hirak. Les acteurs de la société aussi. Aujourd’hui, il y a des gens qui appuient la proposition de Bensalah pour le dialogue. Néanmoins, une bonne partie du hirak est contre cette initiative de dialogue lancée par le pouvoir. Pour moi, nous devons donner à cette initiative sa chance avant de juger. Les jours à venir nous dévoileront ce qui va se passer, qui va boycotter et pourquoi, qui va participer et avec quelles propositions…