Dans cet entretien, le premier responsable de la compagnie cite les réalisations majeures de Sonelgaz enregistrées au cours de ses 50 ans d’existence, évoque les progrès en termes d’intégration et esquisse les perspectives d’évolution de la compagnie sur le marché national et international de l’électricité.

Reporters : Sonelgaz célèbre le cinquantième anniversaire de sa création. Quelles sont les principales réalisations de la compagnie au cours de ces cinq décennies ?
Chahar Boulakhras : A travers les chiffres communiqués au cours de la conférence de presse, organisée mercredi dernier à l’occasion de l’évènement, nous considérons que le parcours accompli en un demi-siècle s’avère intéressant et très riche à plus d’un titre. C’est une longue période marquée par des réalisations majeures. Les chiffres parlent d’eux-mêmes concernant les principales réalisations. Vous avez pu constater l’évolution à travers la multiplication des différents ratios en termes de consistance physique des réalisations. Dans le domaine de la production d’électricité, nous avons multiplié par 33 le parc d’installations de production. Nous sommes passés de 626 MW à l’indépendance à plus de 20 000 MW actuellement. Le réseau de transport, qui atteignait à peine 700 kilomètres, dépasse aujourd’hui les 137 000 kilomètres. C’est quand même très important. Le réseau gaz, quant à lui, a connu un boom. Le ratio a été multiplié par 62 en termes d’évolution par rapport à 1969. Il était à peine de 2 200 kilomètres, il atteint actuellement les 160 000 kilomètres. Je pense que tous ces ratios multipliés constituent des chiffres clés pour notre compagnie. Le nombre d’abonnés électricité en outre était à peine de 700 000 clients en 1969, nous frôlons aujourd’hui les 10 millions de clients. Ce ratio a été multiplié par 14. Le nombre d’abonnés gaz a été multiplié par 34. C’est le résultat de l’effort de gazéification du pays entrepris depuis l’indépendance. Nous sommes à un taux de pénétration de 62%. C’est un taux très appréciable. L’Algérie est devenue l’un des leaders dans le monde en termes de gazéification. C’est un confort pour le citoyen. Très peu de pays dans le monde offrent l’électricité et le gaz en même temps à la population. Avec un peu de recul, je pense que le challenge de l’électrification, de la pénétration gaz et de la sécurisation du pays en termes d’alimentation, en électricité et en gaz, du développement des réseaux a été gagné.

Quels sont les défis majeurs que doit relever Sonelgaz à moyen terme ?
Dans sa stratégie, Sonelgaz veut donner place aujourd’hui à la modernisation. La modernisation est le maître mot de Sonelgaz. Pourquoi faut-il moderniser ? Les moyens technologiques, les systèmes d’information qui sont offerts maintenant nous permettent amplement de nous moderniser aussi bien sur le plan de la gestion que sur le plan technique. Tous les moyens qui sont offerts maintenant, les compétences algériennes, l’expertise acquise tout au long de ces années, nous placent dans une très bonne posture pour appréhender une meilleure modernisation aussi bien de nos systèmes, de la qualité de service rendue à la clientèle, de la qualité de l’accueil dans les agences, de l’amélioration des délais de dépannage, de raccordement au réseau, de qualité de service en termes de dessertes électriques, mais également des services accessoires rendus à la clientèle, sur la facturation, la diminution des erreurs, la prise en charge des réclamations dans des délais raisonnables, les délais de raccordement, pour placer Sonelgaz dans une meilleure position en termes de qualité de service rendu à la clientèle. Nous devons également accompagner les pouvoirs publics dans l’effort de développement économique du pays à travers toutes les initiatives industrielles qui seront entreprises à l’avenir.

Quels sont les progrès réalisés en termes de réduction de la dépendance de Sonelgaz à l’égard de l’importation d’équipements, de pièces de rechange et de services ?
Je préfère parler de Sonelgaz en tant qu’investisseur. Certains nous taxent d’importateur net d’équipements et de pièces de rechange, nous considérons que nous sommes plutôt des investisseurs. Nous avons investi pour mettre le pays à l’abri des délestages. C’est parce nous avons investi que nous avons pu passer le pic historique de la demande en électricité enregistré le 7 juillet dernier à 14H qui a dépassé les 15 100 MW. En un mot, c’est grâce aux investissements consentis auparavant et au développement du réseau. Le pas est certes lent pour réaliser des infrastructures, cela prend en moyenne quatre à cinq ans quand il ne se présente pas des contraintes particulières. Il est vrai que nous importions d’une manière plus importante qu’aujourd’hui, mais grâce à des décisions prises en parallèle durant la période 2010-2014, nous avons réduit cette facture. A noter que durant cette période, l’Algérie a connu une crise d’électricité. On était en plein délestages, notamment pendant l’été. Les enseignements tirés de ces crises nous ont permis d’appréhender l’avenir de façon meilleure en termes de qualité de service. Sonelgaz est cependant dans une tendance baissière en termes d’investissements. Nous sommes dans des proportions très faibles en termes de dépendance de l’importation grâce à la politique d’intégration qui a été menée en parallèle. Parce qu’il fallait avant tout sauver le système électrique. Il fallait assurer la continuité de service, mettre les Algériens à l’abri de problèmes majeurs en termes de qualité de service. Mais ce n’est pas une fatalité. Je suis tout à fait d’accord, il fallait être en parallèle avec l’incubateur de grands programmes de développement qui se sont soldés par des actions concrètes qui sont en train de contribuer à la baisse de la facture importation qui va connaitre une tendance baissière à travers la maturation de projets industriels et d’autres initiatives que nous sommes en train d’envisager notamment avec le ministère de l’Industrie. Je voudrais signaler que l’usine de montage de turbines à gaz de Batna, en partenariat avec le groupe américain Général Electric (ndlr, la turbine à gaz est une composante principale d’une centrale électrique) sera mise en service début 2020. Pour les autres projets d’usines, en partenariat, notamment de chaudières et de transformateurs, cela avance. Les partenariats sont très compliqués parfois et entre un accord d’association et un package contractuel et leur mise en oeuvre effective, cela prend du temps. Il faut un temps d’adaptation de nos partenaires à nos lois, nos règles. N’oublions pas que ce sont des partenariats en 51/49 où Sonelgaz est majoritaire. Nous avons dicté quelques conditions à nos partenaires. Les partenaires ont aussi leurs conditions. Certains partenaires interviennent pour la première fois en Algérie. Ils ont une méconnaissance du terrain. Nous les avons assistés. Nous les accompagnons à travers beaucoup de mesures incitatives. Tous ces problèmes sont derrière nous. Nous allons connaître la restitution de ces programmes d’intégration à partir de 2020-2021 et au-delà. Nous avons un projet d’isolateurs, de chaudières de récupération et nous sommes en train d’examiner d’autres initiatives, notamment la réalisation de pylônes haute tension dans l’usine de Rouiba Eclairage (une filiale de Sonelgaz). Nous sommes en train d’envisager également d’autres opportunités, de conclure des partenariats gagnant-gagnant et d’aller vers la réduction de la facture importation.

Comment voyez-vous l’avenir de Sonelgaz sur le marché national et international de l’électricité ?
Je reste très optimiste. Sonelgaz continuera à jouer son rôle de service public par excellence. Sonelgaz continuera également à s’impliquer dans le cadre de la transition énergétique. Avec ces expériences acquises, ses femmes, ses hommes, ses compétences, son expertise, sa matière grise, Sonelgaz envisage d’exporter au niveau régional et d’aller au-delà de nos frontières. Sonelgaz continuera à être un acteur important sur le marché national des énergies renouvelables (ENR) et pourquoi pas, demain, devenir le leader des ENR en Algérie. Elle tablera sur la capitalisation de l’expérience acquise dans les domaines de l’engineering, la gestion, l’exploitation des centrales, la réalisation de projets. Nous avons réalisé des projets au Nord et au Sud. Nous avons un recul par rapport à cela, mais nous comptons continuer à nous impliquer dans les ENR et les projets d’efficacité énergétique. Nous allons accompagner la transition énergétique. C’est sur la table, c’est dans nos objectifs. C’est un axe prépondérant dans notre stratégie. Nous sommes en train de nous organiser pour aller à l’international. Nous allons exporter en nous appuyant sur quatre volets, l’expertise, les services, les équipements et les énergies si les conditions de marché le permettent, en particulier à travers les interconnexions électriques vers l’Europe.

Un dernier mot pour les travailleurs et la clientèle à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de sa création ?
Je ne peux à cette occasion qu’exprimer à l’ensemble des collaborateurs de Sonelgaz ma gratitude et mes vifs remerciements quels que soient leur niveau, leur situation et la région où ils travaillent. Je félicite les travailleurs de Sonelgaz en mon nom et au nom du staff dirigeant pour les efforts déployés. Je leur souhaite bonne santé et également la prospérité et la pérennité pour l’entreprise ainsi que pour toute l’Algérie. Pour notre clientèle, c’est l’occasion au nom de Sonelgaz que je représente de leur présenter aussi mes sincères remerciements de continuer à faire confiance au service public que Sonelgaz représente depuis un demi-siècle. Je tiens à la rassurer et à l’assurer de notre disponibilité de maintenir toutes les forces acquises à travers ces réalisations enregistrées en ce demi-siècle, de travailler jour et nuit pour « gommer » les insuffisances, tous les aspects à parfaire pour aller vers une dynamique d’amélioration, de satisfaction de notre clientèle avec la qualité de service requise et hisser la compagnie aux standards des groupes mondiaux.