Le dialogue entre le pouvoir politique et les personnalités proposées par le Forum civil pour le changement est désormais engagé, selon Abderrahmane Arar, figure de proue du Forum civil. La première étape, dite «informelle» est destinée à préparer le terrain aux négociations officielles, dont le format et les acteurs retenus par les autorités restent toujours méconnus.

«Je peux vous affirmer que le processus des concertations entre les représentants du pouvoir ont bel et bien commencé au stade de l’informel», a déclaré, hier, Abderrahmane Arar, au nom du Forum civil pour le changement, initiateur de la proposition rendue publique mercredi passé.
M. Arar avait divulgué à l’occasion la liste des personnalités que le Forum propose pour mener le dialogue et la médiation entre le pouvoir, en vue d’une solution à la crise politique et institutionnelle que traverse le pays depuis l’irruption du mouvement populaire pour le changement. Relevant qu’il s’agit, pour le moment, de «concertations indirectes à différents niveaux», M. Arar qualifie les contacts entrepris jusque-là de «bons indicateurs» sur la voie du dialogue devant baliser celle d’une solution à la crise.

Lancement du cadre formel et officiel du dialogue «dans les prochains jours»
M. Arar, qui fait état du lancement du cadre formel et officiel du dialogue «dans les prochains jours», réclame, dans ce sens, de larges prérogatives pour le panel de personnalités indépendantes que choisira la présidence de la République. «Nous plaidons pour que le panel bénéficie d’un mandat et de prérogatives pour qu’il puisse mener son travail sans contraintes», a-t-il estimé, ajoutant que le pays gagnerait à ce que ce processus de dialogue soit «vite engagé, mais pas dans la précipitation».
Sur les critiques essuyées depuis l’annonce de l’initiative, notamment celle qui s’interroge sur la paternité de l’offre, M. Arar se défend en affirmant que «le Forum n’a eu aucun bon de commande et qu’il n’attend pas de feu vert ni de l’institution militaire ni d’une autre entité politique». Il a ajouté, dans ce sens, que l’initiative émane exclusivement du Forum civil pour le changement composé, selon lui, de 70 associations connues parmi la société civile et qui ont accompagné le mouvement populaire pour le changement. Insistant à dire que l’initiative est «libre et indépendante», le président du réseau Nada cite à cet effet les exigences du Forum civil pour le changement, évoquant notamment «la libération des détenus d’opinion ainsi que l’annonce d’autres mesures d’apaisement». Pourquoi le Forum présidé par Arar agit-il désormais en solo dans cette initiative, alors qu’il faisait partie des autres dynamiques de la société civile qui se sont réunies le 15 juin dernier ? M. Arar révélera, dans ce sens, que l’idée d’une initiative de dialogue, désormais défendue par le Forum, avait été soumise aux partisans des autres dynamiques, précisant qu’elle n’avait pas suscité le consensus escompté par ses promoteurs. Sur les réactions ayant accompagné la proposition de 13 personnalités pour mener le dialogue et la médiation, M. Arar dit «apprécier» l’accueil qu’elle a suscité chez le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah. Ce dernier a qualifié, jeudi, de «pas positif» l’initiative du Forum de la société civile pour le changement, affirmant que des consultations «seront engagées pour la constitution de ce panel dont la composition définitive sera annoncée prochainement». Pour le chef de l’Etat, cette proposition «est de nature à servir de base pour la constitution du panel de personnalités nationales appelées à mener le processus de facilitation du dialogue». Mais au sein de la classe politique et même sur les réseaux sociaux, l’initiative a été fortement critiquée. «L’initiative d’Arar est une instigation du pouvoir avec l’objectif de présenter Karim Younès comme la personnalité plébiscitée par la société civile», a estimé l’universitaire et ancien député Ahmed Betatache. Des critiques ont également fusé de la part des partisans d’un processus de transition, qui qualifient d’impossible tout scénario de dialogue sans la libération des détenus d’opinion. Pour sa part, Saïd Sadi, l’ancien président du RCD a affirmé «ce forum est une des fausses manœuvres de l’état-major de l’ANP qui cherche à égarer le souffle de la révolution appelant à une rupture radicale». Le Forum d’Arar a dévoilé, pour rappel, mercredi dernier, une liste de 13 personnalités pour mener le dialogue avec les autorités. Dans la liste figurait l’ex-président de l’Assemblée populaire nationale (APN) Karim Younès, la constitutionnaliste Fatiha Benabbou, l’avocat Mustapha Bouchachi, le sociologue Nacer Djabi, le syndicaliste Lyès Merabet. Y figurent aussi les ex-chefs de gouvernement Mouloud Hamrouche et Mokdad Sifi, l’ex-ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb El-Ibrahimi et la moudjahida Djamila Bouhired. Cette dernière a démenti avoir donné son accord pour figurer parmi les personnalités devant dialoguer avec le pouvoir au nom du mouvement populaire. «Personne n’a demandé mon avis et je n’ai donné mon accord à personne», a-t-elle réagi.