Une semaine après que la présidence de la République ait annoncé que la composante du groupe de personnalités intègres, indépendantes et crédibles, devant mener le dialogue pour aller vers une élection présidentielle «sera connue bientôt», c’est le silence total. Le pouvoir est-il en mesure de s’aventurer à annoncer des noms alors que même le principe de dialogue sans mesures d’apaisement est rejeté de façon très large au sein de l’opposition et de la société civile ? Sûrement pas. Et, c’est, semble-t-il, ce qui bloque la démarche relancée par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, à la veille de la fête de l’indépendance, lorsqu’il a appelé à «un dialogue inclusif sous la conduite d’un panel de personnalités». Le 19 juillet dernier, le pouvoir a vu en la proposition de 13 personnalités à même de mener le dialogue du Forum que dirige Abderrahmane Araar une chance pour booster l’idée et trouver enfin le consensus autour de la feuille de route qui mènerait droit vers une présidentielle dans les proches délais. «Le chef de l’État, M. Abdelkader Bensalah assure que le contenu de la proposition faite par le Forum civil pour le changement constitue un pas positif allant dans le sens de la concrétisation de la démarche proposée par l’État», avait indiqué la Présidence dans un communiqué. Mais, c’était compter sans l’opposition qui ne s’inscrit pas dans cette perspective. Dimanche, les partis et l’organisation de l’Alternative démocratique ont estimé qu’aucun dialogue ne peut réussir dans les conditions actuelles, posant des préalables avant tout processus de ce genre. Estimant «nécessaire» la période de transition «pour mettre en place cet environnement institutionnel sans lequel toute idée de rupture avec le système usurpateur sera vaine», les signataires du Pacte politique pour une véritable transition démocratique ont réaffirmé qu’«aucune initiative politique de quelque nature qu’elle soit et aucun dialogue politique ne sont viables» sans la satisfaction de 4 exigences. «La libération des détenus politiques et d’opinion», «l’ouverture des champs politique et médiatique», «l’arrêt immédiat du dispositif répressif et de l’instrumentalisation de la justice» et enfin «le départ du régime et de ses symboles».
Préalables
Des préalables que partagent d’une certaine manière les concernés par la proposition de Abderrahmane Araar. Dans une déclaration démentie, la moudjahida Djamila Bouhired a expliqué : « Personne n’a demandé mon avis et je n’ai donné mon accord à personne», ajoutant : «Je ne peux faire partie d’un groupe de personnes, dont certaines ont servi le pouvoir». «Alors que des patriotes sont jetés en prison pour délit d’opinion, dont un officier de l’ALN, le frère Lakhdar Bouregaâ, il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui nous menacent et nous accusent de trahison», a-t-elle encore asséné. Pour sa part, maître Mostefa Bouchachi a posé des conditions comme «le départ de toutes les figures du régime, la libération des détenus politique et d’opinion, la libération des espaces publics, des médias et la levée des restrictions sur les manifestants». Outre Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi qui n’ont pas été contactés, des noms de cette liste ont affiché un «oui, mais…», à l’image de Smail Lalmas et Nacer Djabi, voire même Karim Younès. L’ancien président de l’APN a estimé que sans «la libération de tous les détenus d’opinion et le respect du caractère pacifique des manifestations par les forces de l’ordre, l’ouverture de tous les accès à la capitale », «aucune entame de concertation ne sera possible». C’est dire qu’à moins qu’il y ait des concessions de part et d’autre, notamment en ce qui concerne les exigences de la classe politique qui n’est pas tout à fait opposée à l’idée de dialogue, il est difficile d’assister à une décantation. L’on assiste en quelque sorte à un dialogue de sourds. Et les revendications du Hirak qui insiste sur le départ des symboles du système, le 2B surtout, ne font qu’élargir l’écart entre le pouvoir et la classe politique. Au cas où le seuil de ces revendications n’est pas revu à la baisse, le dialogue recherché, tout comme la proposition du Forum civil pour le changement se trouvent devant de sombres perspectives. <