Pour quelques jours à la mer, des enfants issus de la commune frontalière Tinzaouatine, dans la wilaya de Tamanrasset, ont été transportés comme du bétail à bord des camions appartenant à l’APC, sous des chaleurs caniculaires et sans la moindre mesure de sécurité pour des voyages de plusieurs centaines de kilomètres. L’image d’enfants, âgés entre 7 et 13 ans à bord des camions appartenant à l’APC, sous la chaleur et sans la moindre mesure de sécurité,  est choquante et écorne à nouveau les autorités locales. Alors que l’Etat met des dizaines d’avions, civils et militaires, pour transporter les supporters vers l’Egypte, des enfants de la commune de Tinzaouatine,  située à la frontière avec le Mali, à environ 550 km au sud-ouest du chef-lieu de wilaya de Tamanrasset, sont transportés dans des camions affectés au transport de matériaux et d’ordures, pour joindre les lieux de rassemblement à Tamanrasset, où ils devaient prendre des bus vers leur destination côtière. Sans paroi, sans abri et sans la moindre mesure de sécurité, pour traverser environ 600 km sous des chaleurs caniculaires et sur le fer brûlant. Chargé de transporter les enfants de Tinezouatine jusqu’aux centres de rassemblement à Tamanrasset, la commune n’a déployé aucun effort pour assurer un voyage « sécurisé » et « confortable » aux enfants de cette commune frontalière qui  manque déjà de tout. « Encore une scène d’humiliation à laquelle j’ai pu être tristement spectateur. Malheureusement, les gens du Sud demeurent le dernier souci de nos responsables », témoigne Moussa Wankila, militant des droits de l’Homme et activiste de la société civile à Tamanrasset.

Des véhicules 4×4 à partir d’aujourd’hui
Pour le chef de la daïra de Tinzaouatine, dans un entretien téléphonique avec Reporters, il s’agit d’une erreur de la commune. Mais des mesures sont prises et les enfants vont, dorénavant, pouvoir se rendre à Tamanrasset dans des véhicules 4×4, climatisés, confortables et accompagnés d’un guide, du P/APC et d’un médecin. « On a mobilisé 7 véhicules 4×4 pour le transport la semaine prochaine, d’environ 30 enfants vers Tamanrasset, à raison de 4 enfants par véhicule. J’avoue que depuis que la commune a bénéficié d’un quota dans le cadre du programme des colonies de vacances, les enfants sont transportés par des camions. Et depuis quelques jours, les autorités locales ont interdit « formellement » le transport des enfants dans des camions ou dans des conditions indécentes. Des moyens ont été mis en place pour leur offrir un voyage confortable et sécurisé », a souligné ce responsable.

Deux jours de route, calvaire et risques
Environ 300 enfants de la wilaya de Tamanrasset sont arrivés à Bordj El-Bahri à Alger, sur un total de 500  programmés vers différentes régions de la capitale. Tous ont fait plus de 48 heures de route, soit 2 200 km, sous les chaleurs et à travers des chemins sablonneux et difficiles. Vu le risque et la longueur du voyage, beaucoup de parents refusent de laisser leurs enfants partir en colonies de vacances pour leur éviter les longs trajets et les risques du voyage qui se déroule dans sa plus grande partie dans le désert et sous la chaleur. «L’Etat aurait pu consacrer un vol ou deux pour le transport des enfants de la région, on parle de deux jours de voyages et non pas de deux heures», lance un parent. «C’est un voyage trop long et épuisant pour un enfant»,  ajoute un autre. «Je ne laisserai pas mon enfant partir. C’est trop loin, c’est fou de laisser des enfants partir à 2 500 km dans un bus, il y a risque pour sa vie et sa santé. Je préfère qu’ils restent à la maison», dira Sakina, une mère de trois enfants. Il y a quelques jours seulement, 4 athlètes dans la catégorie des juniors ont été privés du championnat parce qu’ils n’ont pas pu avoir de place dans l’avion, malgré des billets ouverts. Un championnat raté mais surtout, ce sentiment de galère et d’amertume qui laisse installer un sentiment de discrimination totale et éternelle chez toute la population du Sud d’Algérie.