Reporters : Deux semaines après l’entame de votre action, y a-t-il eu une réaction ?
Salah Dabouz : Il y a eu beaucoup de réactions au niveau national et même international. Sur le plan national, un comité de soutien pour mon action a été formé par des journalistes, des artistes, des avocats, médecins, enseignants et des citoyens de tout bord et qui ne cesse de s’allonger. Un groupe de ce comité m’a rendu visite deux fois comme j’ai reçu des membres à titre individuel. Au début, ils me demandaient d’arrêter cette action, par crainte que je ne subisse le même sort que feu Fekhar, mais après leur avoir expliqué la gravité des raisons, ils ont déclaré tout de suite soutenir mon action.

Les appels de soutien mais aussi pour cesser votre grève de la faim se multiplient, maintenez-vous votre décision d’aller jusqu’au bout?
Je maintiens mon action et j’irais jusqu’au bout, et ce, pour deux raisons. La première concerne les raisons qui m’ont poussé à initier cette grève et tant que qu’elles sont toujours de mise, je continuerai mon action. On ne prend pas une décision aussi grave et lourde qu’une grève de la faim pour s’amuser ou pour jouer à l’intéressant, mais parce qu’il y a déni de justice flagrant contre moi et les héritiers Fekhar, et les responsables ne démentissent pas. Beaucoup de mes confrères ne trouvent pas cette situation très grave, mais me reprochent de me jeter dans la gueule du loup. Ce qui est encore plus grave que le déni de justice lui-même, car c’est l’acceptation d’un état de fait et la normalisation d’une situation injuste par la défense, qui devait être le dernier rempart de la défense des droits humains et des droits de la défense. J’espère seulement que ce n’est pas toute la corporation qui est dans cet état d’esprit, car quand je vois les efforts du bâtonnier Ben Antar, du barreau de Boumerdès, de mon avocat Me Saïd Zahi, je me dis que la corporation peut jouer son rôle sur ces questions de principes. Pour ce qui est de la deuxième raison, c’est le sort qu’a connu mon ami et compagnon de route, Kamel Eddine Fekhar, dont la mort a été programmée par des fonctionnaires d’Etat qui sont clairement couverts par le gouvernement. C’est très difficile de vivre au milieu d’assassins et d’hypocrites comme si de rien n’était. Fekhar n’était pas un criminel, il a été arrêté par une bande de voyous qui occupe des fonctions officielles. Ils ont programmé sa mort, je ne peux pas vivre dans un tel environnement, soit on le change soit on meurt.

La tombe du défunt Dr Fekhar a été profanée, quel commentaire faites-vous ?
La veuve de Fekhar, Mme Zahira, m’a contacté dans tous ses états. Elle m’a chargé de déposer plainte contre X pour profanation de la tombe de son époux. La chose la plus importante et qui va certainement beaucoup aider les enquêteurs à avancer, ce sont les caméras de surveillance qui couvrent pratiquement tout le carré ibadite du cimetière d’El Alia. Et des gens qui se sont exprimés sur la toile et qui détiennent certaines informations qui peuvent être très utiles sur ceux qui ont commis cet acte ignoble et peut-être même les commanditaires. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne lâchera pas, ni le problème de sa mort ni celui de son second assassinat, c’est-à-dire la profanation de sa tombe.

Soupçonnez-vous un acte de provocation et pourquoi ?
On ne peut pas se prononcer pour le moment, mais d’après certains commentaires sur la toile, des responsables du carré ibadite du cimetière d’El Alia seraient directement impliqués dans cet acte criminel et que les services de sécurité auraient été associés à cette « opération ». Ce qui est sûr, c’est que nous présenterons tous ces éléments à la justice pour faire avancer le dossier.