L’Education nationale risque d’être confrontée à une difficulté inédite à la rentrée de septembre prochain. Elle pourrait avoir comme source le refus des syndicats du secteur d’enseigner avec les manuels scolaires actuels, au motif que certains d’entre eux portent la marque de l’ancien régime de Bouteflika et que des pages entières des livres au programme glorifient l’ancien président déchu.

Par Sarah Bounab
La polémique est née d’une rumeur, aujourd’hui démentie, selon laquelle le ministère allait revoir les manuels scolaires portant des thématiques et des chapitres jugés glorificateurs de l’ancien président de la République.
Les services du département d’Abdelhakim Belabed ont, en effet, indiqué qu’il n’y avait aucune intention de changer ces manuels dans l’immédiat en raison des difficultés techniques et financières que ce changement induirait. Une source du secteur a indiqué qu’avec 9 millions d’élèves dans les écoles de la République et à quelques semaines de la rentrée 2019-2020, il n’est pas « raisonnable » de prétendre revoir des manuels au programme depuis des années même s’ils ont été élaborés « dans un contexte politique que tout le monde rejette aujourd’hui ».
L’argument ne manque pas de fond, il n’est cependant pas pour convaincre les syndicats des enseignants. Ces derniers s’apprêtent d’ailleurs à lancer une campagne de boycott des manuels classés au rang de « propagande bouteflikiste ». Ils considèrent qu’il est temps de séparer l’Ecole du politique et de la libérer de l’emprise du pouvoir dominant. Selon ces organisations, il n’est pas question de travailler sur des supports pédagogiques qui vantent les symboles d’un régime honni et « qui a, pendant vingt ans, porté la corruption à des niveaux inimaginables».
Contacté par nos soins, Boualem Amoura, président du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), confirme que les syndicats du secteur refusent que les enseignants qui leur sont affiliés continuent d’enseigner avec des manuels qui « louent un homme disqualifié par l’histoire ». Il affirme que l’Education nationale n’a pas d’autre alternative que d’abandonner ou de revoir ces manuels « au contenu mensonger » ou de trouver une parade afin que les chapitres incriminés ne soient plus au programme. « Il y a un devoir de vérité envers les générations futures », a ajouté M. Amoura.
Le président du Satef va plus loin et déclare que le travail des syndicats est d’œuvrer à ce que l’Ecole algérienne cesse d’être « un lieu de propagande politique de saison» et d’éviter que les manuels scolaires servent à cette propagande. « Trop d’abus ont été commis dans ce domaine et il faut que cela cesse pour la crédibilité de notre enseignement et le bien de nos élèves », a-t-il poursuivi. La polémique autour des manuels scolaires intervient alors qu’une enquête est menée actuellement par les services compétents sur des soupçons de corruption et de malversation à l’Office national des publications scolaires (ONPS).