Reporters : La libération des détenus d’opinion est au cœur de l’actualité politique. Cela veut dire quoi pour l’avocat et le défenseur des droits de l’Homme que vous êtes ?
Noureddine Benissad : Aucune personne ne devrait se retrouver en prison ou inquiétée à cause d’une opinion. Exprimer une opinion, sans faire l’apologie de la violence, du racisme ou de la haine n’est ni un délit ni un crime. Cela fait partie des libertés fondamentales inhérentes à la personne humaine. Pour l’avocat et le militant des droits humains que je suis, chaque fois qu’une personne retrouve sa liberté, c’est toujours un sentiment profond d’avoir contribué à rendre à une personne sa dignité humaine.

Vous êtes signataire, avec les partis de l’Alternative démocratique, d’un pacte dans lequel sont exigées des mesures d’apaisement. La non-satisfaction d’une telle revendication affaiblit-elle l’idée du dialogue ou traduit-elle une absence de volonté de la part du pouvoir ?
Aucune personne raisonnable ne peut refuser le principe de dialoguer. Le dialogue est une valeur démocratique. Evidemment, dialogue ne veut pas dire monologue. Ensuite, il semble logique qu’on ne peut amorcer un dialogue sans libérer les détenus d’opinion comme préalables. Aucun dialogue ne peut réussir sans lui assurer les conditions de réussite et elles sont éminemment politiques mais aussi éthiques.

Le Hirak n’a pas réagi à la liste des noms de personnalités proposées par « le Forum civil pour le changement ». Un non-événement ?
Le Hirak maintient sa principale revendication, la rupture avec le système. Toute démarche qui ne va pas dans ce sens sera forcément rejetée. Au-delà des noms, il s’agit de donner une consistance au dialogue. Quel est le contenu ? Quels sont les objectifs du dialogue ? Les prérogatives du mécanisme qui mènera le dialogue ? Tout dialogue, ne l’oublions pas, se fera sous le regard critique du Hirak.