Le 21 juillet 1969 était relevé le défi lancé par Kennedy en 1961 en instituant le programme Apollo, de conquête de l’espace, surpassant les Soviétiques, pionniers en la matière, et donnant à la guerre froide une dimension interstellaire.

Evénement grandiose qui, au-delà de la portée scientifique, revêtait une dimension politique et idéologique autrement plus pernicieuse. Celle de la suprématie américaine. La phrase mythique de Neil Armstrong, «un petit pas pour l’homme et un pas de géant pour l’humanité » sonnait comme de la rhétorique pure. Un slogan publicitaire pour mieux vendre une opération de charme. Qu’il l’ait lui-même concocté ou qu’on le lui ait susurré à partir de Houston, l’humanité à laquelle fait allusion Neil Armstrong à des airs d’Amérique. Une Amérique qui a pris ses aises depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début de la Guerre froide. Alors que l’Union soviétique envoyait déjà, en 1963, la première femme dans l’espace, Valentina Terechkova, l’Amérique puritaine et sexiste avait du mal à reconnaître le mérite de trois femmes dans l’alunissage d’Apollo 11 et les premiers pas de Neil Armstrong et Buzz Aldrin. Trois femmes sans qui l’aventure lunaire n’aurait jamais pu aboutir et qui sont longtemps restées dans l’anonymat. Margaret Hamilton, informaticienne. C’est grâce au programme informatique qu’elle a développé que la sonde Apollo pu alunir. Katherine Johnson, physicienne et ingénieure spatiale. Et Jo Ann H. Morgan, ingénieure en aérospatiale, seule femme présente dans la salle de contrôle du centre spatial de Houston, parmi plus de 400 hommes.
Ce 21 juillet 1969, l’Amérique exulte. Le monde suit. Sauf pour les Soviétiques qui font une mine d’enterrement. La sonde spatiale inhabitée, Lunar 15, s’écrase quelques heures seulement après l’exploit de Neil Armstrong, sur une mer lunaire au nom fatidique « Mare Crisium » (Mer des Crises). L’info passera inaperçue et les Soviétiques ne poseront jamais les pieds sur la Lune. Bizarrement, côté américain, entre 1969 et 1972, année où le dernier homme posa les pieds sur la Lune, ils sont douze astronautes à avoir foulé le sol lunaire. Douze apôtres de l’espace…

Petits pas sur la Lune, grande opération marketing
Ceux qui s’en souviennent en parlent comme d’un événement unique, loin des contingences politiciennes de l’époque. Diffusé en Mondovision, par liaison satellite donc, la retransmission en direct des premiers pas de Neil Armstrong, a touché 600 millions de personnes dans le monde. Pour l’époque, la seule diffusion pouvant rivaliser avec la retransmission de l’exploit d’Apollo 11, fut, deux ans plus tôt, l’émission Our World, conçue en « Mondovision » et qui toucha entre 400 et 700 millions de téléspectateurs de par le monde. Les Beatles y interprétèrent All you need is love. Comparativement à l’époque, la finale de la Coupe du monde de football de 1998, toucha 1,3 milliard de téléspectateurs. Nacer avait 32 ans à l’époque. Père de famille, instituteur de son état, il se souvient qu’il avait emprunté de l’argent à un ami pour s’acheter sa première télé. « Un poste téléviseur noir et blanc, de marque Radiola, dit-il. Je me souviens de cette fébrilité qui a entouré l’installation de la télé, l’antenne avec son mât, le fil d’antenne et les ultimes réglages ». Il ne restait que quelques heures avant la retransmission. D’autres n’ont pas eu cette chance d’accéder à un téléviseur. Ils se sont contentés de suivre la retransmission à la radio. Les radios françaises notamment. « J’ai suivi l’alunissage d’Apollo 11 sur les ondes, raconte ce vieux retraité de la santé, si je me souviens du nom du journaliste-commentateur, Lucien Barnier, je ne me rappelle plus si c’était sur France-Inter ou Radio Monte-Carlo… ». Lucien Barnier, journaliste scientifique et ancien résistant communiste, abordera à l’occasion de cet événement aussi bien les questions liées à la vulgarisation scientifique que celles ayant trait à la géopolitique spatiale, particulièrement dans la presse écrite, pendant près d’un mois.
La guéguerre que se livrent les USA et l’URSS par satellites interposés vient de connaître un tournant décisif et fatal pour les Soviétiques. D’ailleurs, que reste-t-il aujourd’hui de cette course effrénée de la conquête de l’espace ? Moins d’enthousiasme et plus de réalisme. Aujourd’hui, Russes et Américains concoctent des programmes communs…

Les pieds sur terre
Au petit matin du 21 juillet 1969, Alger vivra une autre spatio-temporalité. Celle de son africanité retrouvée avec le Premier Festival Panafricain. Le Panaf d’Alger, édition unique d’un festival désormais orphelin. La seconde édition de 2009 est un mauvais remake. Sans panache. Sans véritable âme africaine. Percussions, chants et danses africaines feront oublier les errements de l’Oncle Sam et sa quête de la Lune. Myriam Makeba, Manu Dibango, Nina Simone… Artistes, hommes de lettres, dirigeants de mouvements de libération nationale et les Black Panthers. Que du beau monde pour faire un pied de nez à l’impérialisme mondial et au néo-colonialisme européen. Alger devenant ainsi la Mecque des révolutionnaires. Moment d’apothéose aussi, pour Houari Boumediène, quatre ans après son coup d’Etat contre Ben Bella… Nixon, sous l’impulsion de son «Mazarin», Henry Kissinger, actera sa «Doctrine» quelques jours plus tard, le 25 juillet 1969. La guerre du Vietnam a toujours cours sous le vocable de «vietnamisation». Une guerre au Vietnam sans les Américains. Désormais, entre Vietnamiens. La «Doctrine Nixon» sera fatidique à bien des peuples d’Amérique latine et d’Asie. Moins d’un mois plus tard, autre pied-de-nez à l’Administration américaine, celui d’une jeunesse américaine en rupture de ban avec le puritanisme amerloque, celle des hippies, qui se donne rendez-vous à Woodstock, pour un festival du même nom. Ils seront un demi-million de jeunes à se rassembler trois jours durant, pour écouter tout ce que la culture hippie a engendré de maléfique dans la musique, au sens virtuose du terme, entre rock, folk, soul et blues, et des noms mythiques tels Joe Cocker, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Joan Baez, The Who… L’autre face de l’Amérique. Plus humaine. Les astronautes de la mission Apollo 11, au sortir de la période de mise en quarantaine, seront acclamés comme des héros. Ils seront accueillis avec les mêmes éloges dans 23 pays. Quelques années plus tôt, en 1961, Youri Gagarine eût aussi droit aux mêmes faveurs. Il en est ainsi quand on appartient à la trempe des héros. Des surhommes en quête de rotondité lunaire ou celle d’un ballon… n