Le président de l’Etat qualifie de «pas positif» l’initiative du Forum civil pour le changement (FCPC) de proposer une liste de personnalités nationales pour le panel devant se charger du «dialogue inclusif», destiné à baliser la préparation et la programmation de l’élection présidentielle, à laquelle il a appelé dès son investiture en tant que chef de l’Etat par intérim.

Par Halim Midouni
Sa réaction de satisfaction est symptomatique de la position qu’il occupe actuellement dans le champ de crise. D’un côté, elle signale sa grande difficulté à faire passer son plan de sortie de crise, voire même à imprimer sa marque de gardien de la «maison Algérie» pour une période courte, un aspect sur lequel il a beaucoup insisté sans se faire entendre. D’un autre côté, elle signale le sentiment de soulagement qu’il doit avoir à l’idée que ce plan, rejeté de toutes parts pendant des mois, commence à résonner timidement, mais positivement.
Abdelkader Bensalah défend la solution dite «constitutionnelle» depuis la démission forcée de l’ancien chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril dernier. Il se heurte au refus d’une majorité d’Algériens qui le refusent, lui et l’équipe exécutive que dirige son Premier ministre Noureddine Bedoui, et qui appellent, comme hier vendredi, à son départ comme préalable au dénouement de la situation d’exception politique que vit l’Algérie.
Dans ce contexte, toute initiative en faveur de l’élection présidentielle, pour laquelle il occupe son poste actuellement, représente à ses yeux un appel d’air et une promesse de décrispation même si celle-ci provient de groupes politiques et associatifs favorables à cette élection comme issue de sortie, et de gens qui, soit par alignement politique réfléchi au choix du pouvoir (réel), soit par crainte de perte de contrôle de la situation, ont une peur manifeste de tout processus transitionnel.
En ce qui concerne l’action menée par le Forum civil pour le changement, il s’agit là d’une résolution déjà inscrite en droite ligne du discours du président de l’Etat, le 3 juillet, et de sa promesse d’un scrutin indépendant après la création d’un panel de sages devant contribuer à sa préparation et à son organisation dans les meilleures conditions. En clair, c’est, pour lui et sa «feuille de route», plus qu’une entreprise politique collective, un soutien en bonne et due forme. Un appui qu’il ne pouvait pas ignorer comme l’indique le communiqué, publié avant-hier par les services de communication et d’information de la Présidence. «Le chef de l’Etat a pris connaissance du contenu de la communication faite, hier, 17 juillet 2019, par le “Forum civil pour le changement” et considère qu’il s’agit d’un pas positif dans le sens de la concrétisation de la démarche proposée par l’Etat», lit-on dans ce document.
Appui et précaution
de la présidence
de l’Etat
Selon le même texte, M. Bensalah considère la proposition du Forum «de nature à servir de base pour la constitution du panel de personnalités nationales, appelées à mener le processus de facilitation du dialogue». Il ne reste pas moins prudent quant à la réussite de ses membres à avoir dans ce «paquet» de personnalités nationales tous les profils souhaités. «Les personnalités proposées par le Forum sont de ce point de vue, et sous réserve de leur disponibilité, pleinement éligibles à l’accomplissement de cette noble mission au service de notre pays», a-t-il dit avec la précaution de celui qui s’attendait à des refus. Parmi les treize personnalités que le Forum a déclaré avoir contactées, certaines se sont dites «non concernées», à l’image de l’ancien chef de gouvernement Mouloud Hamrouche, qui a réagi par la négative : «Personne ne m’a contacté et je ne suis pas concerné», a-t-il déclaré. L’icône Djamila Bouhired a démenti, elle aussi, avoir été approchée pour rejoindre le panel, affirmant dans un communiqué avoir été «surprise» de voir son nom figurer sur cette liste. «Personne n’a demandé mon avis et je n’ai donné mon accord à personne. Je ne peux pas faire partie d’un groupe de personnes dont certains ont servi le pouvoir», a-t-elle insisté. Dans une précision, Abderrahmane Arar du FCPC a indiqué que le forum «avait contacté directement la plupart des personnalités proposées, qui ont donné leur consentement pour mener la mission du dialogue, néanmoins Djamila Bouhired, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi n’ont pas été approchés au vu de leur statut dans la société algérienne, et pour lesquels nous avons préféré adresser une lettre à travers la proposition de cette initiative». Dans le panel, on relève la participation de Karim Younès, ancien président de l’APN, ainsi que la participation probable de Mokdad Sifi, ex-chef de gouvernement, de l’avocat Mustapha Bouchachi, la constitutionnaliste Fatiha Benabaou, les académiciens Nacer Djabi et Smaïl Lalmas et Islam Benattia, le syndicaliste Ilyes Merabet, la militante associative Nafissa Hireche, ainsi que la militante des droits de l’Homme Aïcha Zinai. Ces personnalités ont donné leur accord de principe, sous condition que le pouvoir prenne «des mesures d’apaisement pour instaurer la confiance». Par elles, dont la libération des détenus d’opinion, dont ceux arrêtés pour port de drapeau amazigh, rappelle-t-on.<