Tlemcen : Quand le cœur des jeunes balance entre le Hirak et CAN

Bien malin qui devinera si l’overdose de klaxons et la débauche de fanions flottant au gré du vent sur les voitures qui passaient en trombe au niveau de la rue de l’Indépendance et le boulevard Colonel Lotfi, étaient dédiées au Hirak ou à la CAN. Le seul slogan, du reste métaphorique, concocté pour la circonstance énonçait : « Vive la coupe de la justice ! » La marche de ce vendredi caniculaire 19 juillet 2019, acte 22, était mixte par excellence, avec forces mégaphones et la participation de plusieurs handicapés moteurs en voiturette. Les mots d’ordre culte sont toujours d’actualité : « Elmadda sebaâ li chaâb, ya Gaïd Salah, barka malaâb ! », « Dawla madania, machi askaria ! », « Had Chaâb, la yourid houkm el askar mine djadid ! », « Siasetkoum fachla, thasbou fil adala », « Bensalah, Bedoui, dégage ! », « Ya Toufik, ya Saïd, li frança antoum abidoune ! », « Ya djeïch choudj’âne, hmou chaâb mine toughyane ! », « Chaâb yourid dawla chababia ! », « Djamaâ, wara djamaâ, hata djibou el madda thamina ! »… La justice est ciblée par plusieurs slogans : « Adala ghaïba, el hogra qaïma ! », « Atlouqou soudjana erraï ! », « Harirou soudjana, wa fdahou djoubana’ ! », « Nahnou Benhabib wa Issam ! » (allusion aux deux leaders du Hirak à Tlemcen, placés la semaine passée sous mandat de dépôt, n.d.l.r), « Khayi, khayi, wa Tayeb Louh rahou m’khabi ! »… Le volet économique n’est pas en reste : « La nourid tabai’a, houria iqtisadia ! », « Total, dégage ! »… La presse ne sera pas épargnée à cette occasion : « Waraha, sahafa, waraha ?! », « Sahafa ghaïba, dawla ghaïba ! »… A priori sommé par son boss de ne pas revenir bredouille, un caméraman de la station régionale d’Oran (ENTV) a « osé » se frayer un chemin parmi la foule et filmer quelques séquences de la marche, malgré les déboires subis auparavant de la part des animateurs du Hirak, faut-il le souligner dans ce sillage. A quelques encablures de Bab Wahran, « terminus » de la marche, un groupe de jeunes, en liesse, brandissaient des drapeaux qu’ils agitaient allègrement à l’occasion de la finale, ce soir », de la CAN, où les Verts sont pressentis favoris pour remporter la Coupe d’…Afrique. Quand le cœur des jeunes balance entre le Hirak et les Verts.

Tizi-Ouzou : pour la libération des détenus d’opinion

Mêmes slogans, même détermination, la rue à Tizi Ouzou reste toujours mobilisée malgré la chaleur estivale et l’euphorie patriotique créée  par et autour de l’équipe nationale  de football, dont beaucoup parmi les marcheurs se préparent à fêter, dans la soirée, le sacre en finale de la Coupe d’Afrique des nations de football.  En effet, et tout en exprimant leur fidélité au mouvement du 22 février, et tout en disant que rien ne peut les détourner des exigences proclamées depuis le début du  mouvement insurrectionnel, les marcheurs ont encore réclamé le départ du système et montré leur refus de toute solution minimaliste, comme le préconisent les porteurs des différentes initiatives du dialogue. « La hiwar, la chiwar, le départ (du système) obligatoire ! », « pour un Etat civil et non militaire ! » ont encore clamé des manifestants. L’exigence de la  libération de tous les détenus d’opinion et des manifestants incarcérés pour port de l’emblème amazigh est toujours de mise parmi les marcheurs  qui ne semblent pas voir d’un bon œil le déplacement  du chef de  l’Etat, A. Bebsalah,  en Egypte et sa présence parmi les joueurs de l’EN de football.

Houssem A. M.

BOUMERDES : Forte mobilisation pour un état civil et non militaire

En ce 22e vendredi de révolte citoyenne, des milliers de citoyens, dont de nombreuses familles, sont sortis dans les rues de Boumerdès pour exprimer leur engagement à poursuivre la protestation jusqu’au départ total du système politique en place et de tous ses symboles. Bravant la chaleur caniculaire, les milliers de manifestants, qui ont entamé la marche à partir du siège de la daïra, pour sillonner les principales artères de la ville, ont scandé des slogans hostiles au pouvoir qui fait la sourde oreille aux revendications du peuple, lesquelles sont exprimées pacifiquement et dans l’unité de tout le peuple algérien. La procession grossissait au fur et à mesure où les manifestants criaient  haut et fort pour un état civil et non militaire tout en revendiquant le pouvoir au peuple. « Dégagez tous », « Gaïd Salah dégage ! « Bensalah, dégage », « Bedoui dégage ! », « Algérie libre et démocratique », « justice indépendante », « pacifique et unité nationale », « Armée et peuple frères et Gaïd Salah a trahi », « le peuple veut l’indépendance », sont entre autres  slogans des protestataires. « Rien ne peut nous détourner de notre lutte pacifique, nous sommes de plus en plus mobilisés et engagés pour arracher la véritable indépendance et faire partir tout  le système et sa bande »,  lancera Ramdane un jeune manifestant. En ajoutant : « Nous voulons que l’Algérie gagne la Coupe d’Afrique et ce qui nous motivera plus dans  notre combat pacifique jusqu’au départ du système et de ses symboles. » Les détenus politiques ne sont pas oubliés par les manifestants qui revendiquaient leur libération. « Justice indépendante », «  libérez les détenus d’opinions », « Libérez Si Lakhdar Bouregaa », «  libérez les jeunes  innocents qui ont brandi l’emblème amazigh », ont été également portés par les manifestants qui ont exprimé l’engagement de poursuivre la protestation jusqu’à la concrétisation des revendications relatives au recouvrement de toutes les libertés du citoyen et  à l’édification d’un Etat  de droit pour tous les Algériens. Les villes de  Bordj-Ménaïel et de Dellys ont connu également des manifestations en ce 22e vendredi de révolte citoyenne. Selon des échos qui nous sont parvenus, des milliers de citoyens ont bravé la chaleur caniculaire pour sortir dans les rues et réitérer l’engagement à poursuivre la révolte pacifique jusqu’au départ de tout le système politique et de tous les hommes qui l’incarnent. Des slogans comme  « Un état civil et non militaire », « justice indépendante », «  Ben Salah ! Bedoui et Gaïd Salah, Dégagez tous ! », «  Libérez les détenus politiques », «  libérez Bouregaa », « Algérie libre et démocratique » sont brandis par les manifestants qui n’ont pas  pour autant oublié la Coupe d’Afrique en exprimant le vœu  de la victoire de l’équipe nationale.

 EL TARF : Marche consacrée au soutien à l’équipe nationale et au départ du système

Malgré la chaleur et sous un soleil de plomb, les citoyens de la wilaya de Tarf  ont répondu présents pour marquer le vingt-deuxième vendredi  de contestation populaire. Une imposante marche, dont le nombre de participants plus nombreux,  a pris le départ depuis la mosquée du chef lieu de wilaya El Tarf. Les participants drapés de l’emblème national et portant par ailleurs des drapeaux géants, des banderoles et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire les principaux mots d’ordre qui ont marqué le mouvement populaire depuis son début : départ des symboles du régime de Bouteflika, départ des partis satellites soutenant l’ex-Président pour briguer des mandats en piétinant la Constitution, des slogans hostiles surtout  envers le parti FLN, accusé d’avoir trahi la mémoire des chouhada. Soutien indéfectible au moudjahid Bouregaa, aux jeunes détenus, les manifestants exigent le jugement de l’ex-wali d’El Tarf, Rouibah Boudjemaa, impliqué dans plusieurs affaires à El Tarf, et récemment démis de ses fonctions de consul général. Sur d’autres banderoles, brandies par des femmes courage, présentes depuis le 22 février dernier et qui n’ont raté aucun vendredi de contestations populaire, on pouvait lire et entendre «Système dégage», «Oui pour une transition démocratique», «Y’en marre de ce pouvoir», «Libérez l’Algérie, libérez les jeunes», «Pouvoir au peuple», «Djazaïr Horra Démocratia, Djazaïr Horra Amazighya», pas de dialogue ni élection avec Bensalah, Gaïd Salah et Bedoui, symboles du pouvoir de Bouteflika.  Femmes, enfants, hommes ont exigé une nouvelle république, un Etat civil et crié « halte à la dictature militaire » que veut imposer Gaïd Salah, traité de tous les mots.  Pendant plus de deux heures, les manifestants n’ont cessé de  fustiger le pouvoir en place et de scander des slogans hostiles. Bensalah, Gaïd Salah et Bedoui  «  résidus du système » bloquent l’indépendance de la justice, le passage vers une réelle démocratie et l’instauration d’une seconde république consacrant le respect les libertés individuelles et collectives, des droits de l’homme. Ils ont surtout prôné l’unité des rangs et du pays. «Unis pour toujours, unis pour une Algérie libre dans toute sa diversité et sa richesse». Les manifestants ont affirmé leur détermination à poursuivre la mobilisation pour la construction d’une nouvelle Algérie, basée sur le respect des libertés et exigeant la libération de tous les détenus et ceux emprisonnés pour des délits d’opinion. Contrairement aux autres vendredis, les services de sécurité ont barricadé le podium sur lequel avaient habitude de s’exprimer les manifestants de la place de l’Indépendance, située à proximité du chef lieu de wilaya. Sans aucun incident majeur, les manifestants se sont dispersés en scandant « one two tree viva l’Algérie ». Tout au long de la marche, les manifestants ont apporté leur soutien à l’EN.

A Constantine, le foot s’est invité au Hirak

Ou l’inverse, cela dépend de quel côté on se place. En tout état de cause, les « Hirakistes » constantinois ont fait preuve de beaucoup d’humour pour cette 22e étape dans la vie du mouvement de contestation qui secoue l’Algérie depuis… le 22 février dernier.

Les pancartes brandies, en effet, et en plus des « khlitou lebled ya saraqine » et « Bedoui dégage, plus d’enfantillage » et, bien sûr, « dawla madania machi askaria », certains ont innové en mêlant judicieusement le foot à la politique, si jamais ils ont été dissociés.

« La Coupe d’Afrique c’est tous les deux ans, une révolution une fois dans la vie », a été déclinée dans toutes les langues, avec le trophée africain bien en évidence. Une autre pancarte exigeait, quant à elle, « un pont aérien pour ramener les compétences algériennes », un clin d’œil à celui opéré vers Le Caire pour la finale de la CAN. Beaucoup de femmes, de familles, et des jeunes  proposaient de l’eau aux manifestants dans un vendredi finalement moins caniculaire que les quatre précédents. Bref, un vendredi… ordinaire !

A Annaba, quelques milliers de personnes ont bravé la chaleur et le soleil pour crier leur désir de liberté lors de ce 22e vendredi de mobilisation. Les citoyens ont semble-t-il répondu à l’initiative du Forum civil pour le changement qui propose un dialogue pour sortir de la crise dans laquelle se trouve le pays. «Ma kanech Hiwar mâa el Îssabat» (pas de dialogue avec les bandes), ont crié des milliers de marcheurs, heureux de voir leur équipe nationale disputer la finale de la coupe d’Afrique des nations après 29 ans d’absence, mais conscients que «la véritable coupe qu’ils veulent, c’est la Liberté». «Dites à Gaïd qu’on ne se fera pas avoir avec le ballon», ont lancé les manifestants, toujours aussi virulents et déterminés à arracher la liberté du pays et bâtir un Etat de droit, une Algérie libre et démocratique et un Etat civil et non militaire. Des slogans qui n’ont pas quitté le Hirak.

Ce vendredi, le dispositif sécuritaire à Annaba était beaucoup moins important que les deux semaines précédentes. Seuls des policiers en tenue civile ont été aperçus, ce qui a permis d’éviter des frictions entre les forces de l’ordre et les manifestants. La Silmiya était encore une fois au rendez-vous, contrairement aux pronostics de certains.

Bordj Bou Arreridj, « Libérez Bouragâa »

Comme d’habitude, des centaines de hirakistes ont marché avec un léger changement de trajectoire, en sillonnant la ville de bout en bout, jusqu’à la cité des 500 logements, à la sortie est de Bordj. Toujours brandissant l’étendard amazigh et le drapeau national, et scandant les mêmes slogans, entre autres, « Etat civil et pas militaire », « rien ne pourra nous diviser, nous sommes un seul peuple » et surtout « libérez Bouragâa » que les manifestants n’ont cessé de répéter en boucle le long de la marche. La marche s’est déroulée sans le moindre incident ni dépassement. Tout un chacun a pu exprimer librement ses convictions. Quant à l’étendard amazigh, « nous avons pu imposer sa présence dans toutes les marches que nous avons menées jusqu’à présent, et ce, grâce à notre persévérance, comme vous pouvez le constater », nous a-t-on affirmé.

Aux slogans des manifestants se mêlent les klaxons stridents des véhicules, drapés de couleurs nationales, à la gloire de l’équipe nationale et Belmadi. Sur le sujet, on apprend que plusieurs fan zones ont été prévues, un peu partout, pour créer une ambiance festive parmi le public.  

La mobilisation populaire se poursuit à Béjaïa

Des dizaines de milliers de Béjaouis sont sortis dans la rue pour le 22e vendredi de mobilisation contre système.

Parcourant l’itinéraire habituel, s’étalant du rond-point d’Aamriw jusqu’à la haute-ville, les manifestants ont scandé de nouveau les mêmes slogans chers au mouvement populaire du 22 février.

« Djazaïr houra democratia » (Algérie libre et indépendante vivra), « La hiwar, la chiwar, errahil obligatoire » (Ni dialogue, ni consultation, le départ du système est obligatoire), « Dawla madania, machi askaria » (Pour un Etat civil et non militaire), « Djoumhouria machi caserna » (Nous sommes dans une République et non pas dans une caserne », « pouvoir assassin », « système dégage » etc., voilà les principaux slogans repris en chœur et à gorge déployée par des milliers de citoyens qui ont sillonné les ruelles de la ville des Hammadites, sous un soleil de plomb.

Brandissant l’emblème national et le drapeau amazigh, les manifestants ont réclamé encore une fois, la libération de tous les détenus d’opinion, notamment le Moudjahid Lakhdar Bouregaâ et les porteurs du drapeau berbère, incarcérés à la prison d’El Harrach.

C’est dire que la population Béjaouie est déterminée à poursuivre son combat pacifique pour le changement de système politique et l’avènement de la nouvelle République.