L’exposition «Cinéma de la transition en 20 affiches», dédiée au cinéma durant la période postfranquiste, initiée par l’institut Cervantès, a été inaugurée avant-hier soir à la Cinémathèque d’Alger, en présence du directeur de l’Institut Cervantès Antonio Gil Carrasco, du directeur de la Cinémathèque algérienne Salim Aggar ainsi que quelques mélomanes du septième art, venus découvrir l’univers d’un cinéma porteur du souffle de la liberté, à travers un large éventail d’affiches de films de quelques réalisateurs espagnols qui ont marqué cette période de transition.

Le public a pu contempler les affiches de grands réalisateurs à l’instar de Carlos Saura, avec le film «Cría cuervos », Pedro Almodóvar « Pepi, Luci, Bom », Basilio Martín Patino « Para después de una guerra » ou encore Fernando Trueba avec «Ópera prima ». Tel que le soulignent les organisateurs, il s’agit, d’affiches de films réalisés dans les années 1970 et 1980, illustrant un cinéma qui sort de l’ombre et qui se bat pour être libre de raconter des évènements sociopolitiques qu’a traversé le pays. Un cinéma dédié à cette période de transition entre un régime totalitaire et la construction de la démocratie et des libertés individuelles, qui peut être comparé à l’actuel débat politique que vit l’Algérie et qui peut être un exemple pour tous les évènements similaires dans le monde. A ce propos, le directeur de Cervantès, Antonio Gil Carrasco, nous révèlera que «le cinéma de transition est un cinéma de liberté en Espagne. Il y a quarante ans, les cinéastes avaient commencé à contourner la censure d’un régime despotique et la majorité des films de cette époque expriment l’atmosphère lourde dans laquelle vivait l’Espagne sous la dictature de Franco». Il poursuit à propos du film programmé à l’occasion de ce vernissage «Anna et les loups», réalisé par Carlos Saura, que « ce film a été réalisé il y a plus de 45 ans dans un contexte sociopolitique très lourd. Mais il démontre qu’en Espagne, il y a une certaine démocratie et une liberté d’expression pour aborder les sujets les plus épineux. Il faut savoir que peu d’années avant la production de ce film, il était impossible de faire un film avec cette liberté de ton et ce sens de la critique», en précisant qu’à l’époque de la dictature franquiste, il impossible de faire des films qui traitent de l’obscénité de la politique et de la violence du régime fasciste. Le vernissage de cette exposition d’affiches a ainsi été suivi par la projection du fameux film « Anna et les loups » réalisé en 1972 par Carlos Saura, qui dévoile une réalité de la société avant-franquisme, à travers trois personnages, le dictateur, le bourgeois et le religieux, que le réalisateur a décidé de réunir dans une famille à travers l’histoire de trois frères.
L’histoire débute ainsi avec Anna, une jeune et belle gouvernante qui représente le peuple, elle arrive dans une grande maison bourgeoise. Moins innocente qu’il n’y paraît, elle déchaîne les passions des trois frères. En l’occurrence Fernando, qui rêve d’être ermite mais se goinfre en cachette, Juan, mari et père de famille, qui couche avec la bonne et écrit des lettres érotiques en secret, et José, fasciné par les uniformes et la musique militaire, « pater familias » autoritaire mais qui pleure dans les jupes de sa mère. A travers ces trois personnages névrosés, pervers et vivant en autarcie, le génie de Carlos Saura est d’offrir une vision lucide et sans concession des institutions, l’armée, la famille et l’église, chère à l’extrême-droite, qui a mené de main de fer la société espagnole. n