Le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a balayé à nouveau d’un revers de la main l’option de recourir à l’endettement extérieur après que le gouvernement ait décidé de suspendre la production monétaire.

En effet, dans une interview accordée à l’agence APS, le ministre des Finances a indiqué que l’endettement extérieur, recommandé par le Fonds monétaire international (FMI), ne constitue pas une priorité pour l’Algérie, mais pourrait être envisagé pour financer des projets structurants et rentables. Plus explicite, le ministre a souligné qu’une éventuelle mobilisation de financements extérieurs devra, en outre, « se soumettre à des dispositions particulières en termes de délais, dans le cadre de crédits assortis de conditions avantageuses et ciblées ». D’une pierre deux coups, Mohamed Loukal a tenté ainsi de rassurer quant à la viabilité des finances publiques après la décision de geler les tirages de monnaie et de répondre, par la même, à certains économistes qui voient en cette décision une porte ouverte au retour de l’Algérie à l’endettement extérieur. «L’Algérie n’est pas sous la menace du FMI. Nous avons des réserves de change assez confortables, un endettement externe ne dépassant pas 1% du PIB et des sources alternatives qui nous permettent de continuer à assurer les dépenses de l’Etat sans aggraver le recours au financement non conventionnel », a-t-il soutenu. Et de rassurer quant à une « marge de manœuvre qui reste préservée ». Par la même occasion, Mohamed Loukal a tenu à lever l’incompréhension qu’a suscitée le porte-parole du gouvernement qui avait déclaré, récemment, qu’il ne sera plus question de recourir au financement non conventionnel. Selon Mohamed Loukal, il est plutôt question de mettre de côté ce levier monétaire en 2019, étant donné que les besoins en financement sont satisfaits, mais l’option de la planche à billets reste valable dans les prochaines années si besoin il y a, bien évidemment. « Le financement non conventionnel a été gelé pour l’exercice en cours (2019), mais il reste un levier important, mais non exclusif, de financement pour le Trésor jusqu’à 2022 », précise le ministre des Finances. Il ne s’agit donc, d’après lui, que d’une « suspension temporaire ». Pour l’exercice en cours, les précédents tirages de monnaie, culminant à plus de 6 500 milliards de dinars, ont permis de satisfaire une partie des besoins, alors que des « sources alternatives », disponibles sur le marché, pourraient être sollicitées pour d’autres besoins en financement.

Gel de la production monétaire, une mesure temporaire
Des 6.553,2 milliards de dinars mobilisés dans le cadre du financement non conventionnel, environ 5 500 milliards de dinars ont été injectés dans l’économie. Les 1 000 milliards de dinars mobilisés depuis le 18 janvier 2019 serviront, en revanche, à financer une partie du déficit du Trésor de l’exercice en cours, à en croire le ministre. Du reste, l’argentier du pays se dit convaincu que la situation financière que vit le pays n’est tout compte fait pas si grave que ce l’on a fait croire jusqu’ici. D’après lui, l’Algérie dispose d’une situation financière « relativement confortable », lui offrant une « grande » marge de manœuvre, malgré le gel du financement non conventionnel. Pour étayer ses propos, Mohamed Loukal fait savoir qu’« avec des réserves de change de 72,6 milliards (mds) de dollars à la fin avril 2019 (soit deux ans d’importations), un endettement extérieur équivalant à 1% du PIB, une dette publique interne à 37,2% du PIB à fin 2018 (contre 26,7% en 2017), un prix moyen du baril de pétrole à 63,93 dollars (-6,4% par rapport à la même période en 2018) et un taux d’inflation à 3,6% à fin mai 2019, la situation financière de l’Algérie reste relativement confortable ». Il se veut rassurant, contrairement à ses prédécesseurs : « Nous avons encore une grande marge de manœuvre pour répondre à nos engagements budgétaires et financiers », rappelant que le gouvernement avait opté, à cet effet, pour une rationalisation soutenue des dépenses publiques. Outre le recours à d’autres sources de financement alternatives, la rationalisation des importations pour desserrer l’étau sur la balance des paiements, la rationalisation des dépenses publiques, le ministre a fait constater que l’accroissement des recettes budgétaires d’hydrocarbures en dinars à travers la dépréciation du taux de change de la monnaie nationale, utilisé en tant que levier d’ajustement des ressources budgétaires, « pourrait être un moyen d’ajustement partiel et artificiel des recettes du Trésor ». Cependant, « la politique de change ne peut être guidée par le seul objectif budgétaire, mais elle devrait accompagner le processus de réformes structurelles et de stabilisation macro-économique», soutient-il sur sa lancée. Ainsi, à en croire le ministre, le gouvernement semble identifier des leviers de financement autres que la planche à billets, capables de réduire la pression à la fois sur le Trésor public et sur la balance des paiements.