Les éditions Rafar viennent de publier un nouvel ouvrage intitulé «La Foi et ma détermination m’ont sauvé» de Brahim Benbrahim, combattant de la guerre de Libération nationale, dit Layachi Benmohamed. Cet ouvrage, publié dans la collection «Algérie : Guerre et libération – Mémoires et Témoignages», est le fruit de plus d’un an et demi de travail, où Leïla Boukli a recueilli le témoignage de  Brahim Benbrahim qui a décidé de partager son vécu et son engagement pour la guerre d’indépendance d’Algérie comme un devoir de transmission  pour la jeunesse algérienne en qui il a entièrement confiance pour apporter un sursaut d’éveil patriotique.

A ce sujet, Leïla Boukli écrit, dans l’avant-propos, que bien avant les événements qu’a connus le pays ces derniers mois,  Brahim Benbrahim lui a dit : « La force de cette nation, jamais résignée à son sort, fut et reste toujours le fait de se réinventer. C’est pourquoi je reste convaincu qu’un jour ou l’autre, les enfants de ce peuple, le mien, dans un dernier sursaut de survie, surprendront une fois encore ». Leïla Boukli ajoute ainsi qu’au moment où l’ouvrage était sous presse, «cette prédiction s’est accomplie».
A propos de la parole libérée de l’auteur, près de soixante ans après l’Indépendance, elle explique que « Brahim Benbrahim pense que le moment est venu pour que l’écriture de l’histoire soit libérée de l’instrumentalisation politique». Il appelle, ainsi «à substituer la légitimité historique par la légitimité  d’une nouvelle Constitution qui préservera nos valeurs, notre identité  et nos idéaux millénaires, pour construire une Algérie démocratique». Leïla Boukli affirme ainsi que pour Brahim Benbrahim, «les jeunes sont incontestablement les artisans de nos lendemains, à nous les anciens qui n’avons fait en définitive que notre devoir». C’est dans cet esprit de transmission du flambeau, ou plus précisément, de la flamme patriotique qui brûle dans le cœur des Algériens face à l’injustice et à toutes formes d’oppressions depuis la nuit des temps, que l’ancien moudjahid confie, dans la présentation de ce poignant témoignage, les profondes raisons qui l’ont poussé à exaucer  le vœu de sa famille et de ses proches à livrer ces mémoires. Il écrit ainsi : « J’ai accepté cette dernière mission. Ce passage à témoins, tardif certes, à la jeunesse algérienne, qui lutte à sa manière  pour plus de justice, de progrès économique, culturel et social», et c’est ainsi, tout naturellement, qu’il dédie cet ouvrage  notamment à « cette jeunesse, qui est en droit d’exiger davantage sa place dans les choix de gouvernance au nom de la démocratie et des droits de l’Homme, indissociable de la liberté et l’indépendance pour lesquelles ceux de ma génération se sont sacrifiés».

Un combat, un engagement perpétuel au-delà des désillusions
Ainsi, tout au long de près d’une centaine de pages, les lecteurs sont conviés à découvrir le vécu et le parcours du combat de cet homme, de ses frères, de son père, de sa mère et de toutes une nation, depuis les années trente  jusqu’à la démobilisation en 1962. De l’enfance, à l’engagement politique et militaire, de Dellys à l’Espagne, en passant par le Maroc, et au «déchirement  inqualifiable» entre l’état-major général de l’ALN et le GPRA, jusqu’à l’arrivée triomphale de l’Armée des frontières à Alger en septembre, le lecteur est transporté au cœur d’un parcours individuel  qui s’inscrit dans la grande histoire de toute une nation. Après l’Indépendance, il entame un nouveau combat, celui de l’économie du pays.  Sur ce nouveau combat, l’ancien moudjahid ne livre que quelques lignes, mais qui dévoilent beaucoup de choses, notamment sur le fait que ce combat était tronqué d’avance malgré la bonne volonté de ceux qui voulaient contribuer à la construction de l’Algérie. «La foi et ma détermination m’ont sauvé», en plus du témoignage dans une écriture fluide et succincte, accessible à tous, et également rehaussé par de nombreuses photos d’archives donnant corps aux différents passages  individuels et historiques évoqués dans ce livre. Aujourd’hui, dans un contexte où la jeunesse à besoin de se réconcilier avec sa propre histoire, ce témoignage est une précieuse pièce contribuant à la reconstruction du puzzle de la mémoire collective autour des idéaux de l’appel du 1er Novembre 1954. Un repère crucial pour consolider la passerelle intergénérationnelle et insuffler la foi de la continuité du combat aujourd’hui avec autant de valeurs et de conviction que ceux des prédécesseurs.