Reporters : La décision du gouvernement de fermer 45 minoteries ne va-t-elle pas créer une pénurie de semoule et de farine sur les étals des commerçants au détail, en clair, une tension sur ces produits de très large consommation ?
Ould Hocine Abdelaziz : Cela ne pourra être le cas dans la mesure où il faut savoir que le secteur de la minoterie est saturé depuis quelques années. Cela veut dire qu’aucune autorisation n’est, depuis, accordée à un investisseur pour réaliser une minoterie. L’offre étant devenue largement supérieure à la demande, tout feu vert pour une nouvelle minoterie devient donc irréfléchi. Mais pour ce qui concerne notre filière, toute notre production est achetée par l’OAIC. Et comme tout le monde le sait, nos besoins en la matière dépassent largement la production locale. En clair, les volumes d’importation restent et resteront scotchés à la hausse et par voie de conséquence le volume d’importation sera de plus en plus insoutenable en rapport avec les recettes extérieures du pays.

Faut-il comprendre que la décision de fermeture s’est imposée de sorte à mettre fin à des convoitises de minotiers cherchant à gagner plus ?
Il faut savoir que tous les minotiers qui ont déposé au niveau du ministère de l’Industrie une demande d’extension de leur outil de trituration ont été déboutés. Malgré ce refus, ils ont continué à relancer leur demande prétextant que leurs installations n’étaient plus rentables et qu’il fallait passer à une extension de leur outil de production. Ce qui veut dire qu’en procédant à une extension, le quota dont il dispose auprès de l’OAIC doit être revu à la hausse. Certains minotiers sont allés même jusqu’à tricher sur leur nouvelle capacité de production issue de leur extension d’activité. De plus, les quotas en vigueur dévolus à certaines minoteries, pour ne pas dire un grand nombre en activité, se sont avérés en contradiction avec les capacités réelles de triturations installées. Le quota de certaines minoteries dépasse les capacités de production installées. Et donc il y a eu tricherie de la part de certains minotiers, déclarant de fausses capacités de production de sorte à se faire accorder des quotas supérieurs et, par ricochet, gonfler leurs chiffres d’affaires.

Est-ce à dire que la décision de fermeture est un moyen efficace de mettre fin aux dépassements dans le secteur de la minoterie ?
Effectivement, et je me réfère aux audits dont ont fait l’objet toutes les minoteries de la wilaya de Bouira. Comme vous, j’ai appris que toutes les minoteries du pays ont fait l’objet d’audits décidés par le gouvernement révélant que beaucoup de minotiers se sont rendus coupables de dépassements dans leur activité. Du coup, la décision de passer à la fermeture est devenue incontournable. En fait, à travers cette décision, le gouvernement veut mettre fin à l’envolée des volumes d’importation des blés générée par des minotiers peu scrupuleux et dont le but recherché est de réaliser des gains rapides et sans limites.

Selon vous les prix administrés des céréales livrées aux minotiers ne sont-ils pas à l’origine des dépassements des minotiers ?
Je le crois. Et pour y mettre fin le gouvernement est appelé à revoir sa politique de subvention. En somme, de trouver les mécanismes nécessaires pour que les minotiers et les consommateurs trouvent leur compte. Un retour à la réalité des prix est donc inévitable au vu des tonnes de pain qui jonchent les ruelles de nos cités.

A ce titre, vous ne pensez pas enfin que le moment est venu d’organiser un débat autour de la question de notre production céréalière et ses enjeux pour le pays ?
Je suis de votre avis. Si un débat sincère est organisé, il faudra s’attendre à découvrir de nombreuses dérives perpétrées dans l’industrie de la minoterie et ses activités connexes.