Dans cet entretien, l’avocate et parlementaire revient sur l’élection du nouveau président de l’Assemblée populaire nationale (APN) et sur les derniers développements sur le terrain de la justice et des libertés…


Reporters : Slimane Chenine vient d’être élu à la tête de l’Assemblée populaire nationale, quelle lecture en faites-vous ?
Nora Ouali : L’Assemblée populaire nationale est composée d’une majorité issue de la fraude électorale. Elle subit les mêmes pratiques en cours dans les autres institutions de l’Etat, et les instructions ou les ordres viennent d’en haut comme d’habitude. L’arrivée de Slimane Chenine à la présidence de l’APN est, pour moi, une désignation et non une élection, sinon comment peut-on expliquer le retrait des autres candidats à la dernière minute. Pour moi, la façon dont M. Chenine a été désigné rappelle les méthodes utilisées lors de la destitution de Bouhadja, en 2018, et son remplacement par Bouchareb, lequel a été forcé de démissionner dans les circonstances que l’on sait.

Vous êtes en retrait depuis le 22 février passé, envisagez-vous une reprise de vos activités ?
Pour le moment, nous sommes en retrait. S’il y a une décision elle doit être prise par notre groupe. Le plus important pour nous est le départ du système et l’instauration d’un Etat de droit, et des représentants élus démocratiquement.

Les avocats ont organisé jeudi une action de protestation à Alger ainsi que dans plusieurs villes d’Algérie, qu’en pensez-vous ?
Cette marche des avocats n’est pas la première. A Alger, ils ont marché devant et aux abords du Tribunal de Sidi M’hamed pour dénoncer la partialité de la justice et plaider pour la libération des détenus politiques et d’opinion. Les avocats ont scandé des slogans « libérez la justice », « Etat civil et non pas militaire », ils s’inscrivent, donc, dans la dynamique du mouvement populaire pour le changement et dans le processus de revendications démocratiques dans le pays.
Vous êtes vous-mêmes avocate, on le rappelle, et vous défendez les détenus d’opinion…
Oui, je suis avocate et je milite dans un parti qui soutient les détenus d’opinion, dont nous demandons la libération avant toute solution. Nous demandons l’arrêt immédiat du harcèlement judiciaire contre les militants des droits de l’Homme, les activistes et les porteurs d’opinion. Je souligne que notre militante Samira Messouci, 25 ans, est la première femme détenue d’opinion, incarcérée pour le port du drapeau amazigh. C’est anormal que des personnes qui n’ont rien fait d’autre qu’exprimer leur opinion se retrouvent en prison dans le même endroit que ceux qui sont poursuivis pour délits et crimes économiques et de corruption et dilapidation des biens publics.