Une mésaventure qui aurait pu prendre une autre tournure et dont se souviendra longtemps l’auteur du dossier des magistrats faussaires. Jeudi, à l’heure du match, en sortant pour faire quelques emplettes près de chez lui, Benyoucef Melouk est hélé par trois personnes à bord d’un véhicule de marque Volkswagen, de couleur bleue.
Rencontre fortuite ou guet-apens ? Deux types sortent du véhicule, le troisième reste au volant. Ils lui reprochent ses derniers propos et ses positions à l’égard de certains partis de la mouvance islamique qui ont participé à la conférence nationale de dialogue. Benyoucef Melouk répond à leurs propos provocateurs. S’ensuit une algarade et l’un d’eux l’agrippe par les poignets. La victime s’est démenée, elle en porte encore les stigmates, quelques bleus et des égratignures.
Cela s’est passé à quelques dizaines de mètres du grand marché Laârab, dans le quartier de Bab Errahba. Du monde pouvait surgir à tout moment. Les trois quidams ne demandent pas leur reste. Selon Benyoucef Melouk, ce ne sont pas des gens de Blida, mais «des personnes qui m’ont été spécialement envoyées pour m’intimider, sauf que je ne suis pas quelqu’un qui baisse les bras ou qui cède à la menace».
Depuis l’éclatement de l’affaire des magistrats faussaires, Benyoucef Melouk a, en plus de ses déboires avec la justice, subi moult intimidations et harcèlements, quand ce ne sont pas des actes de représailles dont ont eu à pâtir son épouse, dans son travail, et ses enfants, dans leur scolarité. Son calvaire ne semble pas prendre fin.
En 1999, un ancien Procureur général, devenu député, président de la commission juridique de l’APN, profère des propos menaçants à l’encontre de Melouk, à la terrasse d’un café réputé à Blida, parce que son nom figure dans la liste des 520 magistrats faussaires. Il esquisse même le geste de sortir son arme de sous sa veste. Mars 2003, son domicile est mis à sac par des inconnus qui n’ont rien… volé ! La plainte déposée suite à cette effraction est restée sans suites à ce jour. Scène surréaliste, en janvier 2011, lors des émeutes du sucre et de l’huile qui ont aussi touché la ville de Blida, les forces de l’ordre tirent des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Les émeutes ont lieu près du domicile de Melouk. Onze grenades, dont il garde toujours les capsules, atterrissent dans la petite courette de la demeure familiale. «Les émeutiers étaient à l’opposé de ma demeure, sur le boulevard. Les tirs étaient manifestement ciblés», dira-t-il. Aucune enquête ne sera diligentée suite à cet épisode. En août 2014, se présentant au commissariat de police pour déposer plainte contre le harcèlement dont il a fait l’objet de la part de voyous devant chez lui, un commissaire principal lui assène le coup de grâce ! «Il m’a textuellement répondu, affirme Melouk, que le jour où tu seras mort, on viendra mener l’enquête… Demande à quelqu’un de faire une Omra à ta place où quitte ce pays en harraga.»
Avant l’épisode de ce jeudi, un autre fait malencontreux a eu lieu devant son domicile au mois de juin dernier, où il a été suivi par un véhicule jusqu’à la gare. Les occupants n’ont pas cessé de proférer insultes et menaces à son égard, avant de partir précipitamment à la vue de la foule qui grossissait autour de Melouk.
Il semble, aujourd’hui, que certains cercles ont décidé de mener une campagne d’intimidations à l’égard de Benyoucef Melouk, tout particulièrement depuis son engagement bruyant au sein du Hirak, aussi bien à Blida qu’à Alger, et surtout depuis ses dernières déclarations à propos de deux institutions-clés qui, selon lui, devraient subir un lifting de fond : «Les ministères de la Défense et de la Justice doivent être profondément assainis.» Depuis, Melouk ne mâche pas ses mots, devenant chaque jour une voix discordante difficile à supporter par le système et ses affidés.
Pour mémoire, toutes les plaintes déposées par Melouk à propos des menaces à son encontre sont restées lettres mortes. Sans suite. Affaires classées… Benyoucef Melouk a, une énième fois, déposé plainte auprès des services de police. Affaire à suivre.