L’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, est destinataire d’une convocation pour comparaître, aujourd’hui, devant le juge enquêteur près la Cour suprême. Chakib Khelil devrait être entendu pour des faits de corruption, avons-nous appris hier.

Sans l’ombre d’un doute, la comparution de l’ancien ministre de l’Energie est en relation directe avec les précédents scandales qui ont secoué le groupe public des hydrocarbures, dont l’image a été ternie des années durant suite aux affaires de corruption, impliquant ses anciens staffs dirigeants ainsi que les ministres qui ont eu à tenir le gouvernail du secteur de 2006 à 2010. L’ancien ministre de l’Energie devrait être entendu dans ce qu’on appelait communément l’affaire Sonatrach I et II, un dossier qui a été déjà instruit par la justice, mais rouvert depuis peu à la demande de la plus haute juridiction. Celle-ci avait demandé également, faut-il le rappeler, le réexamen de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest ; deux dossiers de corruption des plus retentissants de l’ère Bouteflika. C’est la seconde convocation adressée à Chakib Khelil depuis que la Cour suprême a commencé à instruire les dossiers de corruption impliquant les hauts fonctionnaires de l’Etat.
Etant actuellement hors du territoire national, l’ancien ministre de l’Energie devrait manquer à nouveau son audition par le juge enquêteur dans le cadre du réexamen annoncé de l’affaire Sonatrach I et II. Chakib Khelil n’a pas répondu à la première convocation pour des considérations – jusqu’ici – inconnues, mais il est fort probable que le juge enquêteur délivre un mandat d’arrêt international contre lui dès lors que les délais réglementaires accordés au mis en cause sont arrivés désormais à expiration, nous dit-on. Si tel serait le sort réservé à Chakib Khelil, ce serait la deuxième fois que la justice algérienne délivre un mandat d’arrêt international contre lui. En effet, alors que l’affaire Sonatrach était en instruction, l’ancien procureur général près la Cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, avait défrayé la chronique en août 2013 en lançant un mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil. Le dossier Sonatrach II avait été ouvert en février de la même année au niveau du pôle pénal de la Cour d’Alger. Le nom de Chakib Khelil était alors sur toutes les lèvres.
Il a été cité plusieurs fois par les anciens responsables de Sonatrach, notamment dans la partie qui mettait sous les feux de la rampe les transactions conclues entre la compagnie italienne ENI et le groupe Sonatrach. Chakib Khelil aurait touché 256 millions de dollars de pots-de-vin dans le cadre des marchés obtenus en Algérie par Saipem, filiale de ENI. Pour rappel, des peines de prison allant de 18 mois avec sursis à 6 ans ferme, la plupart assorties d’une amende, ont été prononcées dans l’affaire Sonatrach I, alors que sept personnes ont été acquittées dans la même affaire.
Quatre sociétés, dont l’Italienne Saipem et l’allemande Funkwerk, ont en outre été condamnées à des amendes allant de 4 à 5 millions de dinars (34 000 à 42 500 euros). L’ancien P-DG de la Sonatrach, Mohamed Meziane, a écopé de 5 ans de prison avec sursis et deux millions de dinars d’amende (environ 17 000 euros). Si le juge enquêteur près la Cour suprême venait à lancer un mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil, ce sera le second après celui délivré la semaine dernière contre l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdesselem Bouchouareb, cité, lui, dans plusieurs affaires en relation avec le montage automobile. Abdesselem Bouchouareb a été destinataire lui aussi de deux convocations qui lui sont adressées par le juge enquêteur près la Cour suprême et auxquelles il n’a pas répondu. L’ancien ministre de l’Energie connaîtra probablement le même sort s’il ne répond pas à cette seconde convocation pour une audition prévue aujourd’hui.