Sonatrach vient d’éviter une catastrophe : une explosion beaucoup plus importante qui aurait pu détruire tout le complexe de liquéfaction de gaz d’Arzew GL1Z. Selon le communiqué laconique de la compagnie pétrolière, l’incident au niveau d’une unité de production du complexe, qui s’est produit le 1er juillet dernier, a fait deux blessés et n’a pas eu d’impact sur les capacités de production des installations industrielles. Sonatrach a annoncé avoir déclenché une enquête, mais est restée silencieuse depuis sur le danger que pourraient représenter actuellement les deux complexes de liquéfaction GL 1 Z et GL 2 Z en raison de leur vétusté. En tout état de cause, elle n’a pas rassuré sur ce point. Rappelons que le premier a commencé à produire en 1978 et le second en 1981, et que l’explosion, qui avait détruit une bonne partie des installations du complexe de liquéfaction de Skikda, était due, essentiellement, à la vétusté du complexe, et à des problèmes de maintenance. Cet incident, qui s’est produit le 20 janvier 2004, a provoqué la mort de 23 personnes et fait 74 blessés parmi les agents de la compagnie. L’explosion de Skikda a entrainé la fermeture de trois unités du complexe et donc diminué sensiblement la production de ce pôle. Bien plus tard, Sonatrach a dû fermer tout le complexe GL 1 K. Il a été remplacé par le nouveau train de Skikda, d’une capacité de 4 millions de tonnes/an. Avec la fermeture de la Camel, le premier complexe de liquéfaction réalisé en Algérie, il ne reste plus que deux complexes de liquéfaction qui ont environ 40 ans d’âge, GL1 Z et GL2 Z, et les nouveaux trains de Skikda et d’Arzew, opérationnels aujourd’hui.
En raison de leur vétusté, les deux premiers complexes connaissent des problèmes de production. Ils ont une capacité totale de 20 milliards de mètres cubes/an de gaz, mais ne produisent qu’environ 4 à 8 milliards/an de GNL/an. Tout cela explique en bonne partie pourquoi l’Algérie n’a pu exporter en 2018 qu’environ 13 milliards de mètres/an de GNL contre 27 à 30 milliards de mètres cubes/an avant l’explosion de Skikda. Du coup, les exportations de GNL, qui représentaient 40 à 50 % des exportations globales de gaz de l’Algérie, ne représentent plus que 25%, l’essentiel étant exporté par gazoducs. Cette fragilité et cette perte de flexibilité ont été masquées par la faiblesse de la demande internationale sur le gaz, notamment sur le gaz algérien, et le problème de volume qui s’est posé ces dernières années. Faut-il fermer pour autant ces deux complexes et construire de nouveaux trains de liquéfaction pour pouvoir profiter de la fenêtre d’opportunités qu’offrira le GNL sur le marché international au cours des prochaines années ? Une question complexe sur laquelle les experts sont partagés. Les uns soutiennent que les complexes GL1Z et GL2Z, par leurs procédés anciens auto-consomment trop de gaz et sont plus polluants, et donc la réalisation de nouveaux trains est la solution. D’autres, pour des questions de rentabilité, optent pour une solution radicale, l’abandon de la filière GNL par l’Algérie. En attendant des réponses à cette problématique, l’incident d’Arzew invite à un audit sur la sécurité des installations des deux complexes GL1Z et GL2Z, à un suivi rigoureux de la maintenance de ces installations pour éviter que ne se reproduise l’explosion de Skikda ou tout autre catastrophe du genre, d’autant que tout le monde sait que cette industrie est à gros risques.