La chronique parlementaire de l’Assemblée populaire nationale (APN) ne manque pas de piment depuis que le pays est entré en crise. Déjà, au moment du projet d’une 5e candidature du président déchu, ça tanguait fort à l’Hémicycle du boulevard Zighout-Youcef. On se souvient alors de la manière dont Saïd Bouhadja, l’ex-président de l’APN, avait été obligé par ses pairs de quitter ses bureaux. On lui a mis des cadenas sous le nez avant qu’il ne consente à tourner les talons et libérer les couloirs et la place pour Moad Bouchareb, un jeune loup qui fut «victime» du même sort, alors qu’il n’a même pas eu le temps de montrer ses crocs. Au FLN, au RND, comme dans beaucoup de partis algériens, les histoires de familles politiques finissent toujours mal : bagarres réelles ou symboliques, coups bas et chausse-trappes en sont la trame. Et gare aux naïfs ! Ceux qui ont feint d’oublier cette règle ont mal digéré la surprise de l’élection de Slimane Chenine, mercredi 10 juillet, en remplacement du débouté Moad Bouchareb au perchoir, alors que ce poste devait revenir en théorie à un député du FLN, première force en nombre de sièges ou de la majorité au moins. M. Chenine, député d’Alger, ancien membre de la commission des affaires juridiques, vient de l’alliance Nahda-Adala-Bina, une formation issue de nombreuses dissidences opérées au sein des formations islamistes, dites de gouvernement, appelées « modérées » par certains et qui ont ceci de particulier d’être présentes dans l’hémicycle parlementaire. Selon Lakhdar Benkhallef, chef du groupe parlementaire Nahda-Adala-Bina, l’élection du nouveau président de l’APN serait le produit d’une « recherche d’équilibre » et de « nouveauté » dans une chambre basse contrôlée pendant plusieurs années par des affidés du régime, FLN, RND et formations de l’ancienne majorité présidentielle, s’entend. Pour le chef du FLN, Mohamed Djemaï, dont il faut décrypter les propos, son parti a soutenu Slimane Chenine « parce qu’il privilégie l’intérêt de l’Algérie avant toute autre considération». Cet intérêt serait-il dans le renouvellement de l’image d’une APN longtemps aux mains de deux partis du pouvoir ? Ce renouvellement serait-il à chercher dans les dissidences islamistes ? En attendant des réponses à ces questions et d’autres, M. Chenine, qu’on dit favorable au Hirak et y avoir des contacts, introduit une rupture symbolique dans l’histoire du parlementarisme algérien. D’obédience «frériste», et qui a fait ses classes au sein du MSP au temps où ce parti était dirigé par son fondateur disparu Mahfoud Nahnah, il est premier président islamiste de la chambre basse. Natif de la wilaya de Ouargla en 1965, il fait de la politique depuis presque trente ans. D’abord au sein du Hamas (devenu MSP), où il devient conseiller politique et secrétaire particulier de Mahfoud Nahnah, qui le nomme à la tête du service communication et d’information du parti, sans doute pour sa formation de journaliste. Après la mort de Nahnah en 2003, il se positionne parmi les contestataires de l’ex-président du parti, Aboudjerra Slotani, accusé de « dévier de la ligne de conduite de Mahfoudh Nahnah». En 2009, il est dans la dissidence conduite par
Abdelmadjid Menasra et, quatre ans plus tard, en 2013, il est partie prenante de l’aventure qui conduira son congénère Abdelkader Bengrina, lui-même originaire de Ouargla, à fonder une nouvelle formation, Al Bina, et à faire partie de son bureau national, composé de 25 membres. Slimane Chenine est aussi président du conseil politique du parti, un organe de propositions. Il est élu député à l’Assemblée populaire nationale en 2017 et son parti s’associe avec Ennahda et El Adala pour former un groupe parlementaire. Slimane Chenine dirige également le quotidien arabophone Al Ra’id.