Le FLN perd la présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN) au profit d’un député issu de la mouvance islamiste, en l’occurrence Slimane Chenine. Une première dans l’histoire du Parlement algérien où un islamiste est porté à la tête de l’APN par les députés de la majorité, en l’occurrence le FLN et le RND. En effet, l’élection de Chenine, intervenue mercredi à 21h, lors d’une séance plénière s’est faite essentiellement grâce aux députés FLN et RND, étant entendu que le MPA, El Moustaqbel, TAJ et l’alliance islamiste El Bina, Ennahda et Adla sont faibles du point de vue du nombre pour prétendre élire à eux seuls un président d’APN. Avec la précision que le FFS, le PT, le RCD et le MSP ont retiré leurs députés de l’Assemblée nationale pour être en phase avec le mouvement populaire du 22 février dernier. Personne n’avait pourtant parié sur ce député, originaire de Ouargla, transfuge du MSP et élu en 2017 sur la liste de l’alliance islamiste Ennahda-Adala-Bina. Et pour cause. A deux jours de la séance plénière de mercredi, plusieurs candidats étaient en lice pour succéder à Bouchareb parmi les parlementaires du RND, du FLN et des indépendants. Mais le jour de la plénière, tôt dans la matinée, le Front de la justice et du développement (FJD), le parti de Djaballah, annonce qu’il présente un candidat à la présidence de l’APN et que ce candidat a déjà accueilli le soutien des députés du MPA, le parti de Amara Benyounès, ceux d’El Moustaqbel de Abdelaziz Belaïd et du RND, le parti de Ahmed Ouyahia. L’unanimité de ces partis en faveur d’un député islamiste avait étonné plus d’un, compte tenu de leurs positions et oppositions à l’islamiste. Mais, le FLN n’a pas cédé tout de suite et a continué à faire de la résistance pour tenter de se donner une ultime chance de garder la présidence de l’APN. A telle enseigne que la plénière de l’APN, consacrée à l’élection prévue à 14h, a été reportée à 20H. Le FLN, en proie à une crise structurelle, faisait face à une multitude de candidatures qui ont fini par se retirer à l’instar du secrétaire général Mohamed Djemiaï. Mais pas tous, puisque deux candidats, Abdelhamid Si Affif et Mustapha Boualeg, ont refusé de le faire. Mais au lieu d’une dispersion du FLN, le groupe parlementaire a décidé de soutenir Chenine. Quoi qu’il en soit, Slimane Chenine a été plébiscité à mains levées, mercredi soir, à la majorité, à la tête de l’Assemblée populaire nationale en remplacement de Mouad Bouchareb, qui a démissionné de son poste le 2 juillet dernier. Tout de suite après le plébiscite, M. Chenine a fait une petite allocution au cours de laquelle il a indiqué que «par ce vote, l’opinion publique nationale retiendra que la majorité peut accorder à la minorité la présidence de l’APN», soulignant que cette séance intervient «dans une conjoncture sensible que traverse l’Algérie». «Vous avez apporté une nouvelle approche concernant la crise que vit notre pays», a-t-il ajouté, rappelant «le soutien de la Chambre basse au mouvement populaire ainsi que son soutien et sa fierté à l’égard de l’Armée nationale populaire et son commandement, notamment les dernières déclarations du général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah».
«Une élection
de fait accompli»
Le MSP n’a pas du tout apprécié l’élection de Slimane Chenine à la présidence de l’APN. Dans un communiqué, rendu public jeudi, la direction du MSP note «un fait accompli, similaire aux précédents plébiscites et ne reflète en aucun cas une évolution démocratique mais juste un cadeau de la majorité numérique, issue de la fraude et rejetée par le peuple algérien, sur ordre venu d’en haut». Dans le même ordre d’idées, le MSP dénonce que «la manière avec laquelle a été désigné Slimane Chenine n’est pas différente de celle qui a vu Saïd Bouhadja et même Mouad Bouchareb poussés à la démission». Aussi, et à propos de l’absence de ses députés, mercredi lors de la cérémonie de vote, le MSP a soutenu que «la décision était prise bien avant le jour du vote et avant même que les candidats soient connus et cela en application d’une décision du Madjliss Echoura pour que le parti soit en cohérence avec les revendications du Mouvement populaire». Le MSP précise que cette décision de boycott de la séance « fait suite aussi à un accord entre tous les partis de l’opposition qui ont décidé, au lendemain de la démission du président Bouteflika, de faire l’impasse sur les travaux de l’Assemblée». Dans le même ordre d’idées, le parti de Makri fait observer que «ce qui s’est passé mercredi à l’APN est une opération cosmétique foireuse, dont la finalité est de casser le Mouvement populaire et d’exercer une pression sur les forces patriotiques sincères dans leur combat pour la démocratie et la liberté». Sollicité pour une réaction, le FLN, qui semble encore tétanisé d’avoir perdu la présidence de l’APN, soutient qu’«on nous reproche de présider aux destinées de toutes les institutions et voilà que l’opposition va présider l’APN. On verra ce qui adviendra de cette Assemblée nationale». De son côté, Abdellah Djaballah a exprimé une position a contrario de son député Lakhdar Benkhelaf, qui a pourtant été le promoteur de la candidature de Chenine. Dans un communiqué rendu public, Djaballah note que «l’élection de Chenine ne reflète pas forcément la position officielle de notre parti. Cette affaire ne nous concerne pas. Nous ne sommes ni avec Chenine ni contre». Dans le même ordre d’idées, Hassan Aribi, député du FJD de Souk Ahras, explique que «le vote des députés FJD en faveur de Chenine, lors de la plénière de mercredi, s’est fait de façon individuelle et Cheikh Abdallah Djaballah n’a pas été consulté lors de cette élection». Côté RCD et FFS, c’est la même réaction marquée par un désintérêt total par le changement à la tête de l’APN. «C’est une institution issue de la fraude qui n’a aucune crédibilité auprès du mouvement populaire», fait observer un député RCD d’Alger, tandis qu’un député FFS de Tizi Ouzou soutient «ce qui nous intéresse c’est bien l’avenir du pays, pas ce qui se passe dans une institution croupion».  n