Le gouvernement vient de donner plus qu’un coup de pied dans la fourmilière, en imposant de nouvelles mesures visant à réguler de manière efficace le secteur de transformation des céréales, à préserver les réserves de change et à rationaliser les importations. Les décisions prises l’ont été à la lumière d’un audit fait par un groupe de travail. Ce dernier a posé le diagnostic sur la situation des minoteries et établi des conclusions dont le ministre des Finances a fait lecture, à l’occasion d’une réunion du conseil du gouvernement. L’exposé a révélé, entre autres, des dépassements de la part de certaines minoteries quant à leurs capacités de production effective et la surfacturation en vue de bénéficier indûment de quotas supplémentaires de blé tendre subventionné. Aussi, est-il plus que jamais nécessaire de mettre fin au transfert des subventions publiques aux indus bénéficiaires, sans remettre en question le développement de l’activité de transformation ainsi que la régulation du marché, avec une meilleure gestion du stock stratégique à travers l’adoption de nouvelles formes d’intervention, et une rationalisation des importations de blé. L’Exécutif a, à cette occasion, pris trois grandes mesures : la fermeture immédiate de 45 minoteries pour contravention avérée aux lois en vigueur, notamment la surfacturation et les fausses déclarations ; l’engagement de poursuites judiciaires à l’encontre d’autres minoteries ayant fait de fausses déclarations concernant leurs capacités de production effectives, et ce après finalisation de l’opération d’audit général et, enfin, la suspension du directeur général de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), peut-on lire dans un communiqué mis en ligne sur le site du Premier ministère. Le gouvernement apporte ainsi une réponse ferme et visible dans une filière ou régnait le désordre parce qu’il n’existait aucun modèle d’autorité et de responsabilité. Chacun y faisait ce qui était bon à ses yeux. L’Etat mobilisait de la devise pour importer des céréales destinées en partie à une filière saturée, sans qu’aucun responsable ne s’en émeuve. Les minoteries gonflaient artificiellement les chiffres relatifs à la production, pour recevoir plus de quotas de blé subventionnés. Elles profitaient de l’aubaine pour exporter des pâtes et engranger des revenus en devises. Le gouvernement a pris ces mesures tardivement. Toutefois, pour certains, il n’est jamais trop tard pour commencer à faire des changements positifs dans la filière. L’Exécutif semble déterminé à rechercher les meilleurs voies pour rationaliser l’approvisionnement du marché national en blé. L’Algérie a importé en 2018 pour 8,57 milliards de dollars de produits alimentaires (+1,6%), une facture tirée essentiellement par la hausse des importations des céréales. Les importations des céréales-semoule-farine ont grimpé à 3,1 milliards de dollars en 2018 (+11,55%). Il est vrai que ces importations continuent de siphonner la devise du pays. D’où la nécessité de prendre des mesures aussi drastiques que l’introduction d’une nouvelle stratégie visant à mieux réorganiser cette filière et à n’importer que ce dont a besoin le marché. Le problème est que ces importations sont difficilement compressibles compte tenu de la faible production locale en matière céréalière. Ainsi, tout n’est pas si simple et il faut encore du temps au secteur agricole pour se mettre sur ses pieds et se passer des contingents d’importation. Cependant, un problème : S’il s’applique à rationner au moyen de quotas très restrictifs les importations de céréales qui est le poste le plus coûteux, le gouvernement risque d’entraîner un désordre dans la filière, et partant dans les circuits d’approvisionnement du marché.