«Même les oiseaux ont été contraints par cette chaleur à trouver d’autres endroits plus cléments autre que cette véritable étuve qu’est Ghardaïa », nous fait remarquer Aâmi Bakir, le marchand de sac de femmes installé à côté du siège de la wilaya de Ghardaïa, faisant face au jet d’eau asséché qui, il n’y a pas si longtemps, était un lieu de rassemblement de tous les oiseaux et pigeons de la région qui venaient s’y agglutiner, buvant et s’aspergeant dans cette eau vivifiante.

de Ghardaïa, O. Yazid
C’est, en effet, à une véritable fournaise à laquelle sont confrontés les citoyens de Ghardaïa et de toutes ses communes et daïras, depuis avant-hier, drapées dans une canicule oscillant entre 45° et 52° Celsius. Oui, nous disons bien 52° Celsius, et c’est ce qui a été affiché par le thermomètre ce mercredi 10 juillet 2019. En effet, et comme annoncé par les services de la météo, une vague de chaleur inhabituelle enserre la région, l’étouffant presque, se traduisant par des pics de température rarement atteints en cette période de l’année. Le pic précédent a été relevé à El Goléa, située à 270 km au sud du chef-lieu de wilaya, où le mercure a flirté en fin de semaine avec les 47 ° Celsius. «Il est très difficile de respirer dans ces conditions », nous informe par téléphone un médecin de cette ville. Le mieux à faire est de s’enfermer chez soi dès midi-une heure, de fermer toutes les fenêtres et de se désaltérer régulièrement, même si on n’a pas soif». Cette vague de chaleur intense accentue encore plus le désarroi des jeunes de la région devant le manque déplorable de bassin d’eau pour leur permettre de «piquer une tête» dans l’eau vivifiante pour se rafraîchir. Ils ne comprennent toujours pas les raisons de la fermeture de la piscine communale située au centre-ville, qui rendait d’énormes services aux jeunes des couches moyennes, qui ne peuvent, à l’instar des nantis de la région et des enfants de nababs locaux, rendre visite à la grande bleue. Devant ce déficit en bassin d’eau, et bien que pas moins de 5 nouvelles piscines ont ouvert leurs portes cette année au public, beaucoup d’enfants et de jeunes de la région risquent chaque jour que Dieu fait leur vie et leur santé en allant se baigner dans les eaux boueuses, troubles et certaines fois glauques des mares et barrages stagnants qui entourent la ville. Il serait temps pour les autorités de remettre en marche les jets d’eau de la ville qui, en sus de leur charme et leur apport à l’aménagement de la ville, soulageaient un tant soit peu les citoyens au contact de leur eau tonifiante ne serait que psychologiquement. A partir de treize heures, fin de journée de travail depuis l’instauration des nouveaux horaires de travail pour les wilayas du Sud lors de la saison des grandes chaleurs, en continu de 6H30 à 13H30, la ville commence à se vider et absorbe et la population se réfugie des dards du soleil incandescent, lorsque celui-ci atteint son zénith. Cette situation fait quand même le bonheur des marchands de glace et d’eau minérale qui ont pratiquement épuisé leurs stocks, ne s’attendant certainement pas à ce brusque changement de température. Heureusement, pour la région, que l’usine de production d’eau minérale El Goléa, située dans la ville éponyme, tourne à plein régime pour répondre à la forte demande induite par cette situation exceptionnelle, sachant que c’est la seule productrice de ce liquide précieux dans un rayon de plus de 800 km à la ronde. Cette situation fait aussi le bonheur, sonnant et trébuchant, des vendeurs de chapeaux, notamment et c’est une nouveauté au Sud, ceux larges et des ombrelles pour la gent féminine, ce qui les rend plus coquettes, même portés au-dessus du khimar. Malheureusement aussi, les marchands de lunettes de soleil à bas prix, dangereurses pour la vue et la santé, font florès en cette saison des grandes chaleurs. «C’est très difficile de supporter ce souffle chaud, presque incandescent sur nos visages. Le mieux à faire c’est de limiter au maximum nos déplacements à l’extérieur et qu’il faut aussi garder les fenêtres closes», nous déclare une dame médecin, rencontrée en train de faire quelques petites courses presque en courant. Et on n’en est qu’à mi-juillet, qu’en sera-t-il alors au mois d’août ? « Ceux qui en ont de la chance, mais surtout les moyens, s’apprêtent déjà, à aller taquiner les vagues de la grande bleue, mais nous les petites bourses, nos enfants resteront ici à se faire cuire la peau au soleil, parmi les scorpions et les vipères à cornes, c’est notre destin », se lamente Harzallah, enseignant.