Les réserves de change de l’Algérie ont reculé à 72,6 milliards de dollars à la fin avril 2019, contre 79,88 milliards de dollars à la fin de l’année 2018. En un laps de temps de quatre mois seulement, l’Algérie a perdu 7,28 milliards de dollars sur ses réserves de change, à en croire le ministre des Finances, Mohamed Loukal.

Dans une interview accordée à l’agence TSA, le premier argentier du pays a indiqué que « le niveau des réserves est relativement satisfaisant, il équivaut à deux années d’importation et il nous permet une marge de manœuvre importante en matière de redressement de la situation financière ». Sur l’ensemble de l’exercice 2018, l’Algérie a vu ses réserves de change se contracter de 17,45 milliards de dollars après que celles-ci aient culminé à plus de 97 milliards de dollars à fin 2017. L’érosion des réserves de change est la conséquence directe du déficit de la balance des paiements qui s’est établi à 15,82 milliards de dollars à fin 2018, contre 21,76 milliards de dollars en 2017, 26,03 milliards de dollars en 2016 et 27,54 milliards de dollars en 2015. Bien qu’il soit en baisse, le déficit de la balance des paiements exerce un effet négatif sur le stock en devises de l’Algérie ; lequel a chuté de plus de 193 milliards de dollars à la mi-2014 à 72,6 milliards de dollars à fin avril de l’année en cours. L’Algérie a perdu ainsi 121 milliards de dollars sur ses réserves de change depuis juin 2014, date durant laquelle le marché pétrolier allait connaitre un de ses pires retournements de situation. Il est prévu que le stock de l’Algérie en devises, placé dans les banques souveraines occidentales, connaisse d’autres baisses, faute de mesures budgétaires suffisantes pour enrayer le déclin.
En effet, dans sa partie liée à la trajectoire budgétaire sur les trois prochaines années, la loi de finances 2019 a prévu, pour la période 2019-2021, une baisse des réserves de change à 62 milliards de dollars en 2019, puis à 47,8 milliards de dollars en 2020 pour atteindre 33.8 milliards de dollars en 2021. La Banque d’Algérie n’a cessé de sonner le tocsin quand à une érosion accélérée des réserves de change du pays, appelant à des réformes profondes afin de freiner ce mouvement baissier si préjudiciable pour la solvabilité de l’Algérie. Dans sa dernière note de conjoncture pour l’année 2018, publiée il y a quelques semaines, la banque centrale a indiqué que « les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national ; autrement dit, quasiment l’excès des importations de biens et services sur les exportations. Dans les faits, ces déséquilibres sont générés par les importants déficits des finances publiques ». La banque centrale n’a pas manqué comme à l’accoutumée d’appeler à des ajustements profonds afin de faire face à cette baisse de l’épargne en devises investie dans les banques américaines et européennes. « La poursuite de l’érosion des réserves de change souligne la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services », lit-on également dans la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie. Ainsi, contrairement à l’optimisme démesuré de son ancien gouverneur, Mohamed Loukal, cette institution monétaire ne manque aucune occasion pour pointer les risques de cette érosion et d’appeler, par la même, à des réformes urgentes susceptibles de freiner ce mouvement baissier.