Reporters : Le pôle politique des « Forces du changement» vient de tenir sa
« conférence nationale de dialogue ». Pourquoi le FFS n’a pas pris part à cette rencontre ?
Hakim Belahcel : Le FFS est un parti de dialogue et de compromis politiques, mais il est farouchement réfractaire et allergique aux simulacres de dialogue. Au FFS, nous avions toujours priorisé le principe de la concertation et du dialogue ouvert, transparent et sans préalables, afin d’aboutir à des ententes ou à des pactes qui traduisent fidèlement les attentes populaires, à savoir le changement radical du régime, le départ de ses soutiens et de ses « commis d’office » et la disqualification de ses ressorts institutionnels. Puis, l’amorce d’un véritable processus de transition qui aboutira à la 2e République et à l’Etat de droit.
Le peuple, à travers ses démonstrations de force qui se sont manifestées depuis bientôt cinq mois, de manière pacifique et unitaire, refuse de brader ses revendications légitimes et ses sacrifices au profit d’un autre coup de force électoral qui se base sur un ordre constitutionnel obsolète. Pis encore, il dénonce et condamne les tentatives de confiner ses attentes et ses aspirations dans les geôles d’un dialogue destiné à vendre la feuille de route politique du pouvoir ou à la décortiquer.
Il est vain de croire à l’efficience ou à la résonnance d’une telle approche puisqu’elle remet en cause les demandes populaires.
Discuter de l’organisation de l’élection présidentielle sous l’emprise de la persécution et de la répression, sous le poids de la chape de plomb d’un arsenal juridique, administratif et sécuritaire hérités de l’ancien régime et sous un climat de terreur, occasionné par l’arrestation et l’intimidation des militants politiques et associatifs, des journalistes et des symboles de la guerre de l’Indépendance à l’image de Si Lakhdar Bouregaâ, relève de l’escroquerie politique. Le vrai dialogue devra se faire aussi dans une ambiance politique apaisée et sereine. Il doit être inclusif et sans restriction médiatique et sans préalables handicapants. De ce fait, le FFS restera ouvert comme à son habitude aux véritables dialogues qui tiennent compte des principes directeurs suscités.
Par contre, il continuera à rejeter les faux semblants et les offres de dialogue qui ne visent qu’à perpétuer le règne d’un régime despotique à travers des simulacres électoraux.

Quelle lecture faites-vous au FFS du contenu de la plate-forme dite d’Aïn Benian ?
Comme je l’ai évoqué précédemment, notre parti refuse de remettre en cause ses engagements envers le peuple algérien qui consistent à défendre et à mettre en valeur ses revendications légitimes qui s’articulent sur deux impératifs majeurs, à savoir la rupture radicale avec l’ancien système, unique responsable de l’impasse multiforme actuelle, puis, la nécessité de placer la légitimité populaire au centre de toutes les démarches politiques qui mèneraient vers la 2e République. Nous avons aussi le devoir de respecter les efforts consentis par les autres formations politiques et les autres segments de la société qui tentent, à leur manière et selon leurs positions, à trouver des issues à cette crise politique. Néanmoins, de notre point de vue, il est quasiment impossible de nous greffer dans une option politique qui priorise le dialogue autour de la feuille de route proclamée par les décideurs de ce pays, à savoir l’organisation de l’élection présidentielle et le débat autour des mécanismes « logistiques » qui aideraient à y parvenir !
Le FFS ne participera jamais à ce genre de spectacles qui fouleront aux pieds les sacrifices des Algériennes et des Algériens et qui permettront de faire dépasser au régime sa propre crise et de perpétuer celle du pays !
L’élection présidentielle doit être la consécration d’une période de transition ou d’un processus constituant qui permettra de libérer et d’assainir les espaces politique et médiatique et de ressusciter la confiance et l’adhésion populaires dans chaque étape politique entreprise.
Il est primordial aussi de torpiller la machine monstrueuse, juridique, administrative et clientéliste qui a longtemps fabriqué les fraudes massives et industrielles et pollué l’espace politique par de fausses représentations et par des institutions, illégitimes et impopulaires. Il s’agit là d’un travail de longue haleine qui nécessitera l’adhésion et la persévérance de tout le monde.
Vous êtes partisans au sein des « « forces de l’alternative démocratique » d’une période de transition, alors que les « forces du changement » se projettent dans l’élection présidentielle. C’est le temps du clivage politique …
Les clivages politiques, lorsqu’ils sont l’émanation d’une dynamique politique et d’une forte mobilisation citoyenne autour de son devenir, doivent être au contraire un signe positif et un indice historique d’une décantation politique qui devra voir le jour immanquablement.
L’essentiel pour nous, au sein « des forces de l’alternative démocratique », est de rester cohérents avec nos principes et fidèles à nos engagements envers le peuple algérien et nos militants, engagés profondément dans cette glorieuse révolution du sourire. Nous resterons toujours ouverts aux tractations et aux échanges politiques qui favoriseraient inéluctablement la convergence et les options consensuelles. C’est, d’ailleurs, explicité dans l’appel que nous avions adressé il y a un mois aux partis politiques de l’opposition, organisations sociales et personnalités nationales autonomes.

Quel avenir pour l’effort de concertation que vous êtes en train de mener, avec d’autres formations de la mouvance démocratique et les organisations syndicales, dans un contexte marqué par les tentations répressives ?
Le FFS a entamé, depuis plus de trois mois maintenant, un processus de concertation et d’échanges politiques avec plusieurs partis politiques, organisations sociales et autres personnalités nationales intègres autour de notre proposition de sortie de crise pour l’avènement de la 2e République. Ces tractations ont été bénéfiques et fructueuses du moment où elles ont abouti au lancement de notre premier appel pour l’organisation d’une conférence nationale de concertation et de dialogue.
Le succès est déjà là. Puisque cette démarche a permis de transcender, pour l’intérêt général, des clivages et des divergences politiques et à entrevoir des possibilités de lutte commune dans le sillage de la révolution populaire du 22 février. Nous sommes toujours en concertations permanentes et agissantes.
Les échos sont favorables à notre initiative politique et l’espoir est désormais permis de voir cet espace de dialogue s’élargir et s’émanciper.

L’appareil judiciaire connaît un emballement inédit. Quelle lecture en faites-vous au sein du FFS ?
Au FFS, nous avons toujours milité pour la construction d’un dispositif juridique indépendant, qui jouit de toutes ses prérogatives, loin des injonctions et délivré des impulsions de la conjoncture politique. Cela ne peut être envisageable en dehors d’un Etat de droit qui consacrera le respect des libertés individuelles et collectives et défendra les droits de la personne humaine.
Aujourd’hui, l’emballement de l’arsenal juridique, combien même il a fait tomber des seigneurs de la mafia politico-financière, qui étaient pendant longtemps protégés par leurs bourreaux d’aujourd’hui, ne peut pas nous empêcher de soupçonner une opération de règlements de comptes entre clans et centres d’intérêts rivaux au sein du même régime.
En même temps, nous continuerons à dénoncer l’instrumentalisation de ce pouvoir juridique pour faire taire toute voix discordante et opposante à l’ordre établi et au statu quo. Nous continuerons aussi à exiger la libération des détenus politiques et d’opinion comme préalables à toute initiative politique de sortie de crise.

Sur le plan organique, vous projetez la tenue du 6e congrès ordinaire du FFS, dont la date sera officialisée et annoncée lors du prochain conseil national qui se tiendra le 12 juillet. Pourquoi vous l’annoncez comme un événement politique national de grande envergure ?
Effectivement, ce 6e congrès ordinaire national est d’une importance capitale pour le devenir de notre formation politique et le prolongement du patrimoine politique et historique hérité de notre président éternel, le regretté Hocine Aït Ahmed, et de plusieurs générations de militants sincères, patriotes et dévoués pour le combat démocratique et pour la liberté. Ce congrès sera donc une chance inouïe et un rendez-vous historique qui verra le regroupement et la consolidation de la grande famille politique du FFS.
Les efforts et les initiatives de rapprochements envers les anciens cadres du FFS sont déjà un franc succès. Beaucoup de travail reste à faire et l’ambition et la volonté ne manquent pas. Nous y travaillons au quotidien.
Nous considérons que le FFS est un miracle vivant. Il a su survivre aux violences et à la persécution du pouvoir depuis sa fondation au prix faramineux de plusieurs martyrs et de grands sacrifices consentis par plusieurs générations de vaillants militants.
Aujourd’hui encore, le pouvoir totalitaire algérien continue sa campagne de déstabilisation et de sape qui vise à parasiter et à paralyser l’action politique de notre parti. Cela s’est traduit par la fomentation de crises internes téléguidées et savamment entretenues. Cette énième opération de destruction a été, encore une fois, avortée grâce à la vigilance et la clairvoyance des valeureux militants du parti. Le prochain congrès ordinaire national, dont la date sera officiellement arrêtée à l’occasion de la session ordinaire de notre conseil national, qui aura lieu le 12 juillet prochain, sera un moment politique historique puisque, d’abord, il verra la participation de plusieurs invités, puis, il aboutira inévitablement sur l’adoption d’un vrai projet politique qui traduira fidèlement les orientations et les aspirations de cette formidable révolution populaire. Evidemment, ce nouveau départ politique ne devra pas et ne va pas renoncer à nos principes et à nos valeurs politiques qui ont été depuis toujours à l’origine de la crédibilité et de la grande sympathie dont jouit le FFS chez la majorité de nos concitoyennes et concitoyens. L’œuvre est ambitieuse et prometteuse. Nous ferons le maximum pour entretenir ce miracle politique et le mettre au service de la construction de la 2e République.